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L’Alto Lyrique

Loan Cazal est un altiste français qui, s’il est sollicité comme alto solo par différents orchestres internationaux, ne délaisse ni l’orchestre de chambre, ni les collaborations permettant de mettre en lumière toute l’expressivité de son instrument de prédilection.

C’est assurément le cas de cet album paru chez Klarthe, mettant pleinement en valeur la chaleur des timbres et le lyrisme de cet instrument.

Pour l’occasion, Loan Cazal est accompagné de ses confrères de l’Ensemble Libertalia conduit par Nicolas Krüger, ainsi que par le pianiste Guillaume Masson dans la sonate pour violoncelle de Rachmaninov.

L’album débute par la « Sonata per la grande viola » en do mineur de Paganini.

C’est sans nul doute la partie la plus lyrique de cet enregistrement. Le violon alto Guadagnini de 1775 joue les ténors dans cette sonate pour alto et orchestre, particulièrement virtuose, dans le style typique du compositeur génois. Si la partition originale intègre une importante section d’instruments à vent, ici l’accompagnement est exclusivement fait d’instruments à cordes.

Le jeu de Loan Cazal est particulièrement généreux et on tombe immédiatement sous le charme de cette sonate concertante.

L’altiste continue avec une touche profondément romantique en interprétant la sonate pour violoncelle de Rachmaninov opus 19.

Si l’archet de Cazal reste particulièrement volontaire et engagé, le pianiste Guillaume Masson révèle un jeu tout en finesse.

L’osmose entre les deux interprètes est à son apogée dans l’Allegro scherzando. Je trouve que la balance piano – alto fonctionne même mieux par rapport au violoncelle. Sans doute l’expressivité de l’instrument de Loan Cazal permet-il d’apporter une dimension plus chantante, et moins sombre à ce second mouvement.

L’Andante nous amène d’ailleurs ce chant très pur et lyrique de la part des deux interprètes. C’est un moment quasiment magique, le temps en est presque suspendu.

L’Allegro mosso est en revanche un peu moins dynamique que certaines versions au violoncelle plus animées, à l’instar de celle enregistrée par Gautier Capuçon avec la pianiste Gabriela Montero pour le label Virgin Classics.

La Romance opus 85 en fa majeur de Max Bruch vient clore cet album.

Lyrique un jour, lyrique toujours ? L’éloquence de l’altiste reste bien présente dans cette œuvre du compositeur allemand, qu’il aborde d’ailleurs sur un tempo assez lent.

Les versions au violon sonnent assez maigres, voire un peu fades en comparaison. J’ai trouvé que l’alto représentait la tonalité idéale pour restituer cette œuvre, tout autant avec l’orchestre chambriste Libertalia ici, qu’en version réduite pour alto et piano sur d’autres enregistrements.

C’est donc au final une très jolie démonstration du pouvoir émotionnel du violon alto qui nous est donnée au travers de ces trois œuvres.

Et Loan Cazal emporte totalement notre adhésion autour d’une vision très humaine de son instrument, jouant pleinement la carte de la similitude avec la voix, comme certains violoncellistes aiment aussi à le faire. Un grand bravo.