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John Williams – Flute Concerto / Bernard Herrmann – Souvenirs de Voyage

Cet enregistrement du Singapore Symphony Orchestra, pour le label Pentatone, met à l’honneur les œuvres de concert de trois compositeurs renommés du cinéma américain : John Williams, Bernard Herrmann et Hugo Friedhofer.

Le programme de l’album explore la facette purement classique (et donc hors musique de films) de ces compositeurs à travers deux œuvres de John Williams («Concerto pour flûte seule, cordes et percussions», «Essay for Strings»), les «Souvenirs de Voyage» de Bernard Hermann, et «Suite for 5 woodwinds» d’Hugo Friedofer.

Le Concerto pour flûte, cordes et percussions de John Williams est une œuvre d’une grande richesse expressive, portée ici par le flûtiste Jin Ta. C’est sans nul doute l’une des œuvres de concert les plus audacieuses, modernes et avant-gardistes de John Williams. Très éloigné du style romantique ou héroïque de ses musiques de films, ce concerto explore un langage majoritairement atonal et met l’accent sur les textures et les atmosphères mystérieuses.

John Williams a composé cette pièce après avoir assisté à des démonstrations de shakuhachi (la flûte traditionnelle japonaise en bambou) dont il a cherché à imiter la liberté expressive, demandant au soliste de jouer de manière quasi improvisée, avec un son droit, presque sans vibrato.

Pour laisser la flûte régner sans partage sur les fréquences aiguës et boisées, Williams prit la décision radicale de ne pas insérer d’autre instrument à vent. L’orchestre d’accompagnement est exclusivement composé de cordes, de percussions (notamment marimba et vibraphone), d’un piano, d’une harpe et d’un célesta.

Si l’atmosphère tranche avec le répertoire de musique de film du compositeur, elle n’en est pas moins suggestive et spectaculaire, la flûte et les percussions restituant une énergie particulièrement impressionnante.

J’ai beaucoup apprécié les couleurs de l’orchestre de Singapour, dévoilant tantôt un monde végétal puis minéral. C’est sans doute ce que Williams souhaitait en évoquant une « forêt mythique et imaginaire ».

La structure n’est d’ailleurs pas si concertante qu’on pourrait l’imaginer avec une flûte très présente mais faisant partie d’un univers sonore plus fusionnel dans les deux dernières parties de l’œuvre. Plus que sur la mélodie pure, l’œuvre repose sur le timbre. Les contrastes entre la douceur aérienne de la flûte et la sécheresse métallique ou boisée des percussions et des cordes créent un relief saisissant et en même temps parfois très fusionnel. Un bel exercice de jonglerie entre contrastes et harmonie.

Essay for strings est une composition précoce (1965), une pièce de concert pour orchestre à cordes, en un seul mouvement, et dévoilant déjà toute la maturité du style de John Williams.

La pièce emprunte des éléments à la musique atonale et au dodécaphonisme, sans en suivre les règles de manière rigide. Le compositeur y injecte des influences de Béla Bartók.

Elle s’ouvre sur un tempo adagio avec une atmosphère lourde, dramatique et menaçante. Les dynamiques alternent de façon saisissante entre le très fort (triple forte) et le silence murmuré (triple piano).

John Williams a comparé la fin de sa pièce à un cyclotron musical (un accélérateur de particules). Le rythme s’emballe dans un allegro molto fiévreux où un motif de double-croches répétitives propulse l’orchestre vers une explosion d’énergie frénétique.

À l’origine, Souvenirs de Voyage était un quintette pour clarinette et cordes. Cette œuvre est présentée ici en première mondiale au disque dans une adaptation pour clarinette solo et orchestre à cordes réalisée par le regretté Hans Sørensen. Le soliste est le clarinettiste Ma Yue.

Souvenirs de Voyage révèle un compositeur profondément lyrique, contemplatif et nostalgique. L’œuvre se situe davantage dans la tradition de la musique de chambre britannique que dans l’esthétique hollywoodienne de ses créations pour le cinéma. L’œuvre est habitée par une nostalgie omniprésente. Composée à la fin de la carrière du musicien, elle peut être entendue comme une réflexion sur le temps qui passe et sur les souvenirs accumulés au cours d’une vie.

Le résultat est une partition d’une grande beauté crépusculaire, plus intime et personnel que la nature dramatique que la bande son de « Psychose »…

Après les paysages venteux et arides du premier mouvement, la méditation funèbre du deuxième, le finale semble offrir une forme d’apaisement. La musique ne résout pas véritablement les tensions précédentes mais les transforme en souvenir serein, presque une nostalgie de fin de vie…

« Suite for 5 Woodwinds » de Hugo Friedhofer est une œuvre de musique de chambre composée en 1973 pour quintette à vent. Bien qu’assez peu connue, elle présente un intérêt particulier car elle révèle la personnalité musicale d’un compositeur qui fut surtout célèbre à Hollywood, notamment pour les musiques de « The Best Years of Our Lives » (Oscar 1947), « An Affair to Remember » ou « The Bishop’s Wife ».

Cet enregistrement est également une première mondiale, la partition étant restée très longtemps oubliée.

Contrairement à Bernard Herrmann ou John Williams, Friedhofer ne chercha jamais véritablement à développer une carrière parallèle de compositeur de concert.

Pourtant, son métier d’orchestrateur et son exceptionnelle maîtrise des timbres en font l’un des techniciens les plus raffinés de l’âge d’or hollywoodien.

Les compositions de Friedhofer se caractérisent par une orchestration extrêmement transparente, une grande sophistication harmonique et par un goût marqué pour les couleurs instrumentales.

Ce quintette à vent réunit une flûte, un hautbois, une clarinette, un basson et un cor. La flûte conserve dans cette interprétation un rôle central, presque concertant.

L’intérêt d’un tel ensemble réside dans l’extrême diversité de ses couleurs.

Chaque instrument conserve ici son individualité propre, tout en participant à une texture collective très équilibrée, et développant une grande variété stylistique, avec quelques similitudes avec les œuvres de Ligeti et Webern.

C’est un travail à la fois complexe et en même temps très accessible, signe que ce côté narratif reste ancré dans les rares œuvres que Friedhofer composa en dehors de son attachement au monde cinématographique.

Que dire de plus, et pour conclure, sinon que la qualité d’enregistrement et de prise de son est particulièrement soignée, ce qui en fait une réalisation remarquable, captivante, et instructive, de quoi amplement justifier un très Grand Frisson.

  • Titre : John Williams – Flute Concerto / Bernard Herrmann – Souvenirs de Voyage.
  • Artistes : Jin Ta (flûte), Ma Yue (clarinette), Singapore Symphony Orchestra, Darrell Ang / Joshua Tan (conduction).
  • Format: PCM 24-bit, 96 kHz.
  • Ingénieurs du son: Daniel Tan,Mina Kim, Dominik Streicher, Kseniya Kawko, Ephraim Hahn.
  • Editeur/Label: Pentatone.
  • Année: 2026.
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel (téléchargement Native DSD).

John Williams - Flute Concerto / Bernard Herrmann – Souvenirs de Voyage 2

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