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Les Amours du Poète

Remplacer la voix humaine dans l’un des cycles de lieders les plus incarnés et littéraires du romantisme allemand est un pari audacieux. C’est néanmoins celui qu’ont choisi le clarinettiste Romain Guyot et la pianiste Chloé Mun pour cet album intitulé « Les amours du poète », publié chez Klarthe.

Au-delà de la transcription du célèbre cycle Dichterliebe (opus 48), le duo rassemble deux autres monuments du répertoire schumannien : les Fantasiestücke opus 73 et les Drei Romanzen opus 94.

Loin d’être une simple compilation de « Schumann pour clarinette », le disque se conçoit comme une invitation à la poésie, incarnée par une fusion des deux timbres du piano et de la clarinette d’une remarquable intériorité.

Dans sa transcription de Dichterliebe, Romain Guyot réussit le tour de force de faire oublier l’absence des mots de Heinrich Heine. Privée de texte, sa clarinette s’approprie une éloquence purement instrumentale. L’instrument explore des dynamiques très douces et un son d’une grande rondeur pour mieux amener ce sentiment de confidence poétique.

La palette de nuances est particulièrement riche : le son sait se faire aussi bien murmure impalpable dans les moments de confidence, que vibrante amertume dans les phases de désespoir amoureux.

Le phrasé épouse d’ailleurs les respirations d’un chanteur fictif, évitant l’écueil de la virtuosité gratuite pour privilégier une ligne plus pure et plus mélancolique.

Mais la réussite de cet enregistrement repose tout autant sur la complicité artistique avec Chloé Mun qui accompagne admirablement chaque forte et chaque pianissimo. C’est cette fusion des timbres qui donne cette sensation que les paroles sont ici superflues. Et la pianiste sud-coréenne déploie ici un jeu d’une grande finesse coloriste. Ses textures ne se contentent jamais de soutenir la clarinette. Bien plus, elles l’enveloppent, lui répondent et tissent un contrepoint d’une lumineuse clarté.

L’absence des mots renforce naturellement le rôle du piano, qui porte ainsi le sens émotionnel de l’œuvre.

La fin de cycle est haute en couleur : dans le dernier lied « Die alten, bösen Lieder », la clarinette de Romain Guyot s’efface proprement pour laisser place au long postlude de piano seul. Chloé Mun y déploie un toucher très narratif qui donne l’impression de se souvenir et de clore l’histoire plutôt que de simplement terminer une pièce musicale.

Les Fantasiestücke et les Romances, ne sont pas en reste dans cet enregistrement : les deux musiciens avancent d’un même pas, capturant parfaitement l’esprit changeant du romantisme allemand, oscillant sans cesse entre l’élan passionné et la rêverie mélancolique.

Cet album s’avère finalement un pari gagnant. Romain Guyot et Chloé Mun signent une adaptation et une interprétation d’une grande sensibilité. Plus qu’un succès d’estime, « Les amours du poète » est un disque qu’on saluera par un Grand Frisson, totalement mérité.

  • Titre : Les Amours du Poète.
  • Artistes : Romain Guyot (clarinette), Chloé Mun (piano).
  • Format: PCM 24-bit, 96 kHz.
  • Ingénieur du son: Joanna Popowicz.
  • Editeur/Label: Klarthe.
  • Année: 2026.
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.
Les Amours du Poète 2

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