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Beethoven – Sonates Opus 31, 109, 110, 111.

Il y a différents temps pour aborder les sonates de Beethoven, mais pourquoi y revient-on régulièrement ? Sans doute parce qu’elles ne cessent de nous nourrir et de nous envoûter par leur universalité.

Le pianiste français Pierre Réach les aborde ici tardivement avec un premier double album qui regroupe les trois sonates opus 31 ainsi que les opus 109, 110 et 111.

Aborder ces sonates sans a priori, ni désir d’en faire un propos de musicologie, sans doute faut-il la maturité pour se débarrasser définitivement du superflu et du dogmatisme et pouvoir enfin se concentrer uniquement sur la musique…

Le caractère fantasque de la sonate boiteuse (opus 31, numéro 1) est ici magnifiquement restitué. Le jeu de Pierre Réach est à la fois autoritaire et modulé. Cela met en valeur cette sonate, moins populaire certes que sa suivante, et séduit par la beauté de ses harmonies et de son rythme désinvolte et syncopé.

Changement total d’atmosphère avec la Tempête, opus 31 no 2 en ré mineur. C’est indéniablement une version mature, une de celles qui ne disent pas d’emblée « vous allez voir ce que c’est qu’une tempête ». Pierre Réach s’inscrit dans la construction progressive, méticuleuse et puissante de ce tableau.

Il semble presque asservir le temps, le rendre plus lent, parfois plus rapide, pour incarner une forme assez monolithique, verticale, presque figée à certains instants.

Peu d’ornementation dans cette interprétation mais des lignes mélodiques très saillantes, caractéristiques de l’œuvre bien évidemment, presque symboliques. Et puis il y a ces silences, cette respiration qui font de cette interprétation une parfaite expression de l’esprit de Beethoven.

La Caille, ou l’opus 31 no 3 en mi bémol majeur, 18ème sonate, est imprégnée de son thème central (le fameux cri de la caille). On le trouve dans le premier mouvement, puis dans les combinaisons du second, ensuite à la première mesure du troisième, pour réapparaître une ultime fois dans le finale. Rien de plus beethovénien que de faire reposer l’architecture d’une œuvre sur un simple rythme de trois notes avec une richesse infinie. 

Pierre Réach maitrise de toute évidence cette puissance évocatrice. Mais aux antipodes du chant et de la poésie d’un Maurizio Pollini (DG), Réach donne à entendre des sonorités plus denses, comme s’il souhaitait se substituer à un orchestre entier. Ce son plus terrien amène une vision différente, un tempo plus lent, des notes plus appuyées, un style nettement plus lourd.

Je finis presque par m’y perdre, à douter. Qu’est-ce qui justifie une telle verticalité ? Et puis, je me fais emporter par cette lame de fond du « Presto con fuoco ». C’est grisant, entraînant, totalement addictif.

Le phrasé de Pierre Réach est limpide et la richesse tonale qu’il parvient à tirer de son Stenway modèle D est juste admirable. Même Stephen Kovacevich dans son intégrale parue chez EMI ne parvient pas à reproduire une telle densité.

La sonate opus 109, renoue avec cette exquise gestion des silences et de la mesure. Combinaison jouissive d’un clavier puissant et d’une grande spiritualité, l’ « Andante » nous captive à nouveau, nous retient par la lisibilité, l’engagement et la densité des timbres.

Il y a de l’ampleur, un élan naturel qui vous porte, trait caractéristique des grands interprètes de Beethoven, mais aussi une sincérité et une précision que je peux retrouver chez d’autres grand interprètes contemporains comme Mitsuko Uchida pour ne citer qu’elle.

L’opus 110, 31ème sonate, illustre parfaitement avec ses 4 mouvements la liberté de forme de ces dernières œuvres pour piano.

Là encore on se laisse emmener. A un moment, je me suis demandé si ce que j’écoutais ne pêchait pas par un excès d’académisme, le son du professeur de piano entravé par les conventions.

Mais l’émotion était pourtant bien au rendez-vous. Comment peut-on rester insensible devant cette puissance totalement maîtrisée de l’ « Allegro molto » et du dernier mouvement, pourtant complexe et dense avec ces formes antagonistes que sont le récitatif, l’aria et la fugue.

L’ultime sonate opus 111 est une intéressante synthèse entre la forme de la sonate, celle de la fugue et celle de la variation. Bien que la difficulté de l’œuvre l’a longtemps tenu éloignée du répertoire préféré des pianistes, il y a eu depuis beaucoup de beaux enregistrements.

La version de Pierre Réach brille ici par sa sonorité ample et puissante, et par un legato presque ennivrant.

J’ai adoré le jeu de Brendel, et je retrouve ici certains ingrédients qui font que j’apprécie tant cette interprétation.

Comme l’Autrichien, le Français fait état d’une main gauche extrêmement solide, ainsi que d’une clarté et d’un phrasé exceptionnels.

Pour ceux qui veulent écouter Beethoven dans ce qu’il y a de plus pur et plus droit, alors cette première série de l’intégrale des sonates pour piano de Pierre Réach trouvera naturellement sa place dans une discothèque pourtant déjà bien fournie. Ce double album l’a en tout cas pleinement trouvée chez moi.

  • Titre: Beethoven – Sonates Opus 31, 109, 110, 111.
  • Artiste : Pierre Réach (piano).
  • Format: PCM 24 bit, 96 kHz.
  • Ingénieur du son: Etienne Collard.
  • Editeur/Label: Anima Records.
  • Année: 2022
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

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