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Beethoven – Symphony N°3 « Eroïca », Coriolan Overture

L’héroïsme revêt sans doute différents visages et la dernière interprétation du Budapest Festival Orchestra, sous la baguette d’Ivan Fischer, ne joue pas la carte de la nervosité comme bon nombre d’autres versions.

Tout ça débute en fait avec un allegro con brio qui pourrait être plus vif et tendu.

En revanche, le Budapest Festival Orchestra brille par l’excellente clarté qu’il parvient à distiller tout au long de ce premier mouvement.

Cela n’est pas sans me rappeler la version de Philippe Herreweghe à la tête de l’orchestre symphonique de Flandre publiée en DSD chez Pentatone. Les lignes sont d’une clarté évidente, l’orchestre complet s’exprime de façon totalement intelligible.

Mais la comparaison s’arrête là, car il y a encore plus de subtilité tonale, de fines variations dynamiques avec l’orchestre hongrois.

Au niveau de la clarté et de la précision, je mettrais la performance du Budapest Festival Orchestra à peu près à égalité avec celle du Symphonique de Vienne emmené par un autre Philippe, Philippe Jordan.

Mais la version de Jordan est bien plus musculaire. Il y a une autorité et une osmose de l’ensemble des pupitres qui ent font à mon goût une des toutes meilleures versions modernes.

L’accentuation de la partition des instruments à vent, ou de celle des violons, donne néanmoins une saveur incomparable à cet allegro con brio de l’orchestre de Budapest. J’ai eu l’impression que les intentions étaient plus manifestes, pour ainsi dire soulignées. 

C’est presque incroyable que cette formation dirigée par Ivan Fischer sonne encore plus viennois que le Wiener Symphoniker de Jordan. Quel raffinement !

La marche funèbre est jouée de façon à ce qu’elle paraisse plus proche, moins lointaine. Elle est plus expressive et la qualité des cordes du Budapest Festival Orchestra ressort dans ces moments là avec une incommensurable beauté.

Elle vous émeut totalement et beaucoup d’autres versions paraissent fades en comparaison. Ce mouvement est très long (et donc très lent) chez Ivan Fischer puisqu’il dépasse les 16 minutes. Je n’ai pas souvenance d’avoir écouté un tempo aussi lent avec d’autres chefs.

Bien que les timbres de la version de Philippe Jordan avec le Wiener Symphoniker soient moins flatteurs, l’orchestre arrive aussi à faire avancer cette marche et retenir pleinement votre adhésion. L’interprétation de l’orchestre de Budapest me paraît plus romantique, alors que celle de l’orchestre viennois me semble plus théâtrale.

J’adore ces deux perspectives. Et encore une fois, l’autorité insufflée par Philipe Jordan est admirable. 

La lisibilité du scherzo d’Ivan Fischer est excellente, un peu dans un esprit chambriste, ce qui permet de conserver un influx et une énergie communicative. Les cors sont particulièrement bien timbrés.

Les tutti de l’orchestre passent vraiment très naturellement alors que d’autres versions DSD comme celles de Kurt Masur avec l’orchestre de Leipzig chez Pentatone ou Bernard Haitink avec le LSO (enregistrement LSO live) restituent des aplats sonores moins précis et détaillés.

Sans doute l’enregistrement en studio sans post production y est pour quelque chose. Mais chaque fois que j’ai pu écouter le Budapest Festival Orchestra en concert, je me suis toujours dit que l’orchestre lui-même était responsable pour une grosse partie de la qualité sonore…

Philippe Herreweghe est l’auteur d’un superbe scherzo qui trouve toujours une place particulière dans mon cœur, mais Ivan Fischer n’est clairement pas loin.

Enfin, l’enregistrement bodybuildé de Philippe Jordan a d’autres attraits avec un scherzo majestueux et très dynamique. C’est presque un choix fonction de l’humeur du moment : on aborde ces diverses interprétations avec des états d’esprit différents.

Mais lorsque le mouvement final démarre, le tempo plus rapide de Philippe Jordan amène beaucoup de verticalité à l’interprétation, alors que l’orchestre emmené par Ivan Fischer semble presque jouer un concerto pour orchestre. Le son foisonne de part et d’autres. Chaque instrument se répond C’est admirablement bien arrangé et la prise de son est superlative. Les interventions des clarinettes et hautbois sont vraiment magnifiquement captées, d’une lisibilité absolue.

C’est vraiment la richesse de la palette tonale, cette abondance de sons, différents et pourtant si fusionnels, qui fait le charme de cet enregistrement.

Cette fugue continue qui s’installe fait preuve sans doute de moins de variations rythmiques que d’autres versions peut-être plus proche de la partition. Mais c’est néanmoins tellement bien exécuté qu’il est difficile de critiquer le parti pris d’Ivan Fischer d’instaurer une vraie continuité dans ce final.

Pour clore l’album, le Budapest Festival Orchestra nous interprète la plus célèbre des ouvertures de Beethoven qui s’inscrit, par sa puissance expressive et dramatique, dans le même style héroïque de la troisième symphonie.

C’est à mon avis la seule déconvenue de cet album qui reste à mon avis une interprétation de référence de la troisième de Beethoven.

En effet, cette ouverture n’avance pas suffisamment, il manque un peu d’influx nerveux.

Si je remonte au siècle dernier, l’interprétation de Claudio Abbado à la tête du Philharmonique de Vienne (enregistrement DG) est autrement plus musclée et théâtrale, tout en ne cédant pas grand chose en termes de raffinement.

Le Budapest Festival Orchestra offre en effet une Coriolan un peu plus romantique, et un brin moins héroïque.

Mais ne nous égarons pas, ce que fait Ivan Fischer à la tête de la phalange hongroise est magnifique. Avec déjà une somptueuse septième, la troisième vient conforter sa place parmi les grands beethovéniens.

Un grand Frisson sans hésiter.

  • Titre : Beethoven – Symphony N°3 « Eroïca », Coriolan Overture.
  • Artistes : Ivan Fischer (direction), Budapest Festival Orchestra.
  • Format: DSD 64.
  • Ingénieur du son: Jared Sacks.
  • Editeur/Label: Channel Classics / Téléchargement Native DSD
  • Année: 2024
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel.
Beethoven - Symphony N°3 « Eroïca », Coriolan Overture 2

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