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Brahms – Orchestral & vocal works

C’est un répertoire qui a été souvent joué et enregistré, même si les enregistrements des dernières années n’ont pas vraiment marqué les esprits, à l’exception peut-être de la version de Philippe Herreweghe avec le Collegium Vocal Gent et l’Orchestre des Champs Élysées parue en 2011, ainsi que de la superbe performance live de Neeme Järvi pour Chandos tout début 2023. Herreweghe est sans doute pour moi l’exemple type de la clarté, et ces œuvres sont particulièrement appropriées à ce répertoire.

Mais ici, le sujet qui nous occupe est la cheffe polonaise Marzena Diakun à la tête d’une phalange et d’un chœur madrilènes.

« Schicksalslied » est parfois appelé le « Petit Requiem » car il partage de nombreuses similitudes stylistiques avec la composition chorale la plus ambitieuse de Brahms. 

Les caractéristiques romantiques du Schicksalslied confèrent cependant à cette pièce un lien plus étroit avec la « Alto Rhapsody » qu’avec le Requiem.

Cela ressort avec évidence dans l’interprétation de Marzena Diakun, alors qu’Herreweghe se veut plus liturgique, moins romantique qu’un Bruno Walter, pour faire un clin d’œil à une autre référence du répertoire.

La cheffe Marzena Diakun nous en livre ici une version particulièrement équilibrée, maîtrisant sa formation madrilène, qu’elle dirige depuis 2021. C’est une version subtile et musculaire à la fois. J’ai beaucoup apprécié la fusion organique du chœur et de l’orchestre, qui ne font quasiment qu’une seule entité. Je suis moins adepte des versions où les voix semble survoler l’orchestre : cela enlève une bonne partie de cette densité romantique pour confiner vers ce « petit requiem » qui n’est pourtant pas totalement le propos du compositeur ici.

Suivent quatre petits bijoux avec ces chants pour voix de femmes (avec harpe et 2 cors) que Brahms dédia à l’ensemble féminin qu’il créa et dirigea à Hambourg.

La prise de son permet de bénéficier d’une excellente balance instruments / voix. La transparence de l’enregistrement et de l’interprétation amène une clarté optimale pour une intelligibilité des paroles assez rare. Et puis ces voix de femmes sont de toute beauté !

Les six Valses Chants d’amour opus 52 sont originellement composées pour voix et piano. Cette version pour chœur et orchestre arrive pourtant à conserver cette pulsation ternaire avec une émotion intacte. C’est magnifiquement bien exécuté ! Amours déçus, idylles refoulées : la densité émotionnelle est à son comble.

Ô rage, ô désespoir avec cette Rhapsodie pour alto, chœur et orchestre (opus 53).

Il y a ici une grande dose d’amertume, alors que Brahms de voit éconduit par Julie, fille de Clara Schumann.

Mais il y a aussi un temps pour la renonciation, et l’œuvre nous offre un climat plus doux, pour ainsi dire apaisé.

La voix puissante de la mezzo Agnieszka Rehlis apporte une vraie dimension lyrique à cette rhapsodie. Le vibrato est néanmoins un peu trop marqué et systématique, ce qui limite la puissance émotionnelle de cette interprétation, et alors que la présence du chœur l’en dispenserait pleinement.

Mais l’orchestration est particulièrement réussie, arrivant à sonder la complexité de cette musique si intime.

Nänie opus 82 est une lamentation sur l’inéluctabilité de la mort, composition pour chœur et orchestre et adaptation d’un poème de Schiller.

On apprécie encore une fois la fusion manifeste entre l’orchestre et la chœur. Néanmoins, cette version adopte une tonalité plus sombre, plus douloureuse, avec une chorale plus contrastée entre les différentes tessitures, que les enregistrements plus lisses, misant davantage sur le thème de la beauté qui finit par s’éteindre progressivement, à l’instar de la performance de Claudio Abbado avec le Philharmonique de Berlin.

C’est donc une interprétation plus habitée que nous propose la cheffe Marzena Diakun, avec un chœur qui prend le pas sur la partie orchestrale, même si tout semble fusionner parfaitement. L’effectif instrumental est sans doute moindre par rapport à celui dont disposait Claudio Abbado, ce qui peut expliquer également la perspective sensiblement différente…

Le Chant des parques opus 89, dernière œuvre enregistrée sur cet album, s’inscrit dans la continuité de l’opus 82.

Le chœur reste omniprésent, et on ne distingue pas ces crescendos qui font la magie de la version d’Abbado pour Deutsche Gramophone. Abbado et le Philharmonique de Berlin restent à mon avis insurpassés dans ce registre.

Mais il réside dans l’interprétation de l’ensemble madrilène une forme de dramaturgie qui sied bien à l’œuvre, plus grave, moins lumineuse, plus tragique…

Peut-être que partir de Goethe pour arriver à ce que nous propose Brahms est finalement plus proche de ce que nous donne à entendre Marzena Diakun ?

Mais cela reviendrait également à cantonner Brahms à un élan dépressif alors qu’il a contribué à tellement de merveilleuses créations musicales…

Que dire aussi de l’interprétation d’un Gardiner avec le Monteverdi Choir qui sur le Chant des parques offre un chœur d’une lisibilité et d’une clarté exemplaire ?

Se pose vraiment alors la question de l’universalité de ce répertoire vocal et orchestral chez Brahms. La discographie abondante nous donne selon moi plusieurs clés de lecture.

Celle de Marzena Diakun ne manque de toute évidence pas d’intérêt.

  • Titre: Brahms – Orchestral & vocal works.
  • Artistes : Orquesta y Coro Comunidad de Madrid, Marzena Diakun (direction).
  • Format: PCM 24 bit / 96 kHz.
  • Ingénieur du son: Bertram Kornacher.
  • Editeur/Label: IBS Classical.
  • Année: 2023
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

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