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Elégie

Le titre est évocateur : c’est de la volonté de partager des émotions profondes que naît ce disque de la pianiste russe Irina Lankova.

C’est un voyage à travers les airs qui ont bercé son enfance en Russie auquel nous convie l’artiste. Album intime, c’est toujours intéressant de découvrir plus qu’un style, qu’une sonorité, mais une personne, une origine, un parcours, bref une tranche de vie…

Sans doute le Steinway qui a servi à cet enregistrement contribue-t-il lui aussi à imprimer ce climat chaleureux et nostalgique.

Cette performance est douce et tendre, comme des souvenirs d’enfance ou d’adolescence.

L’Elégie op 3 n°1 de Sergei Rachmaninov nous bouleverse dès le début. On reste suspendu à chaque note. J’ai déjà envie de pleurer. Je devrais peut-être aller chercher un paquet de kleenex. Mais la profondeur du jeu d’Irina Lankova ne donne pas dans le mélo. C’est juste beau et émouvant.

Au delà de la virtuosité requise par le répertoire de Rachmaninov, il y a cette urgence, ce drame romanesque qui se trame à chaque fin de phrase mélodique. Les études – tableaux en sont une vraie illustration. 

Cette puissance dramatique, cet art de magnifier la tristesse si caractéristique de la culture russe, Irina Lankova nous la sert sans filtre autre que celui de son âme.

La Vocalise Opus 34 n°14 est toute empreinte de nostalgie. L’écueil est sans nul doute l’excès de pathos, qu’évite avec classe la pianiste en dosant savamment chaque note, en laissant filer la partition avec une infime délicatesse.

Le Prélude Opus 32 n°12 évoque le réveil de la nature au printemps. Mais c’est encore une évocation éminemment nostalgique que Rachmaninov compose ici. Il y a une part de noirceur évidente dans ce tableau, une forme d’équilibre entre ombre et lumière…

L’Andante Cantabile du moment musical Opus 16 n°3 possède des mélodies basses et sombres, rappelant une marche funèbre. C’est encore l’expression complexe de sentiments de désespoir, de nostalgie et peut-être parfois d’espoirs secrets qui semblent renaître. Cette musique fait davantage que de nous parler, elle va presque jusqu’à nous prendre en otage.

Après avoir donné la part du lion à Rachmaninov, la pianiste fait une brève incursion chez Schubert avec la Sérénade D957. On retrouve ici la même sensibilité, et même gravité dans le jeu d’Irina Lankova, mais peut-être aussi moins d’inspiration.

Sans doute Schubert est plus étranger à cet esprit slave qui plane résolument sur cet album.

Dans la même veine, le Lied « Auf dem Wasser zu singen » est abordé de façon intuitive, mais le côté sombre imprimé par Irina Lankova ne récrée pas complètement l’élan vital du chant de Franz Schubert, magnifiquement retranscrit par Liszt. C’est un jeu peut-être trop puissant par moment, trop grave aussi…

L’album s’achève avec Jean Sébastien Bach et son Prélude BWV 639 (transcription de Busoni), puis l’Adagio BWV 974 de la transcription du Concerto pour hautbois de Marcello.

C’est avec une étonnante simplicité que l’interprète entame ces deux courts extraits. Ce jeu naturel et passionné prend fin dans l’apaisement propre au répertoire et avec une volonté non dissimulée d’ouverture vers quelque chose de plus grand que cette dramaturgie slave, peut-être une forme d’universalité…

Un très joli moment de poésie et quel bel hommage au répertoire de Sergei Rachmaninov !

  • Titre: Elégie
  • Artiste: Irina Lankova.
  • Format: PCM 16 bit, 44,1 kHz
  • Ingénieur du son: Jarek Frankowski.
  • Editeur/Label: Irinalankova.com.
  • Année: 2021
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): format CD uniquement.

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