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Elise Bertrand – Lettera Amorosa

C’est un premier enregistrement de six compositions d’Elise Bertrand.

Le chiffre 6 est d’ailleurs symbolique puisque cet album permet de graver le fruit de six années de travail, en retenant six œuvres écrites par la jeune violoniste, pianiste et compositrice française durant cette période.

En ouverture, les Quasi Variazioni, Op.7, indiquent le niveau du travail de composition, pas vraiment celui d’une « débutante » mais d’une artiste confirmée. C’est impressionnant compte tenu de son jeune âge.

Maitrise de la dissonance, des harmoniques distendues : cette première œuvre est servie par l’excellente pianiste roumaine Dana Ciocarlie, ainsi que par une belle prise de son.

La Sonate pour violon et violoncelle, Op.8, est la première œuvre qu’Elise Bertrand a composée pour le violon. L’ambiance lyrique et dramatique nous fait penser autant à Ravel qu’à d’autres compositeurs plus contemporains. On ressent l’influence de Bacri ou Beffa entre autres. 

Cette sonate est portée à un tel niveau fusionnel entre les deux pupitres qu’on a la sensation d’écouter non plus un duo mais un trio.

L’interprétation du duo Élise Bertrand – Hermine Horiot est particulièrement convaincante. C’est un exercice à la fois virtuose et très complémentaire. La prise de son, encore une fois de très bonne facture, autorise une grande lisibilité des deux instruments, ce qui rend l’illusion du trio encore plus exceptionnelle.

Ces deux premières œuvres, composées à la même période, forment un diptyque miroir des trois œuvres suivantes, principalement centrées sur la flûte.

Profondément influencée par le Requiem de Maurice Duruflé, Élise Bertrand a composé ses Impressions Liturgiques Op.2 pour flûte et piano à l’âge de quinze ans. C’est avec cette œuvre que son intérêt pour la composition pour flûte a grandi et l’a amenée à composer par la suite Mosaïque et Lettera Amorosa.

J’avoue être séduit par cette œuvre, qui n’est pas sans me rappeler quelques créations de Philippe Chamouard, la parenté avec le Requiem de Duruflé ne m’apparaissant pas évidente.

Mosaïque Op.4, est une œuvre composée à la table, basée sur un duo flûte – clarinette en trois mouvements courts, alternant la quiétude avec la nervosité.

Le quatuor Lettera Amorosa, Op. 10, est sans aucun doute la composition la plus intéressante et aboutie de cet album. Cette œuvre concertante, en 4 mouvements, est inspirée du recueil de poèmes homonyme de René Char. Mention également à l’excellente prise de son.

Enfin, l’hommage à Nicolas Bacri des 12 Préludes pour piano, Op.1, qu’Elise Bertrand interprète elle-même, est un moment à part. Précurseur d’un style musical qu’on a vu s’épanouir durant les précédentes œuvres.

C’est un disque particulièrement dense, original et cohérent à la fois. Pas à proprement parler ce que j’aurais attendu d’une si jeune artiste et compositrice. Je suis totalement admiratif…

  • Titre: Elise Bertrand – Lettera Amorosa
  • Artistes : Elise Bertrand (compositions, violon, piano), Dana Ciocarlie (piano), Caroline Debonne (flûte), Ionel Streba (piano), Hermine Horiot (violoncelle), Joë Christophe (clarinette), Paul Zientara (alto).
  • Format: PCM 24 bit, 96 kHz.
  • Ingénieur du son: Ken Yoshida.
  • Editeur/Label: Klarthe.
  • Année: 2022
  • Genre: Contemporain.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

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