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Jean-Nicolas Diatkine LIVE 2021 & 2023

Jean-Nicolas Diatkine nous livre un nouvel album enregistré en live à l’occasion de deux récitals donnés à la salle Gaveau entre 2021 et 2023.

Cet artiste discret, qui se produit peu en public, aborde un répertoire consensuel et technique, pas toujours évident à maîtriser en public, celui de Franz Liszt mais aussi de Beethoven.

Les 6 bagatelles opus 126 de Beethoven sont jouées dans un style impressionniste. C’est du moins la sensation que j’ai ressentie à l’écoute de cette captation moins proche que les versions studio auxquelles je suis habitué.

Mon cœur penche d’ailleurs toujours du côté du clavier d’Alfred Brendel, qui est pour moi l’essence même du chant beethovenien au piano.

Il est néanmoins difficile d’opposer une version live à une version studio, question essentiellement de prise de son, mais aussi de mise en danger. 

Il n’empêche que ces six bagatelles enregistrées en 2023 à Gaveau restent assez chantantes. Le phrasé de Jean-Nicolas Diatkine me semble un peu moins appuyé que l’image qu’il peut renvoyer assez souvent. J’y ai trouvé beaucoup de poésie et d’entrain, et donc de plaisir d’écoute.

La Sonate en si mineur de Liszt nous ramène vers une interprétation plus droite, plus verticale, mais complètement assumée et maîtrisée.

La version live enlève forcément une partie de la richesse tonale d’une captation plus directe en studio, et cet enregistrement paraît ainsi plus monochrome que mes versions de référence jouées par Argerich ou Arrau, pour ne citer que ces deux monstres sacrés.

Cette prise de son a tendance à mettre un peu plus d’emphase sur la main gauche et rendre la main droite plus métallique. 

Il n’en reste pas moins que Jean-Nicolas Diatkine démontre une vraie sensibilité romantique dans l’andante, dépassant l’exigeante lecture de la partition pour aller vers l’imprégnation de ce monument du piano.

C’est sans doute cela qui motive la sortie de cet album, la volonté de privilégier l’immédiateté et le ressenti de l’instant présent, une sorte d’unité vivante, par rapport à la perfection plastique d’un enregistrement studio.

Il y a ainsi de l’émotion, de l’humanité, plus qu’il n’y a de perfection et de virtuosité pianistique dans l’exécution de cette sonate.

On peut pourtant avoir les deux, et il y a bien évidemment des versions studios d’une grande perfection tout en regorgeant d’émotions.

Suit l’arrangement de Liszt de la Mort d’Isolde. Cet extrait convient sans doute parfaitement à l’esprit de cet enregistrement live.

J’ai presque une irrésistible envie de faire un parallèle avec un autre enregistrement live, d’un pianiste à l’apparence physique pas très éloignée finalement de celle de Jean-Nicolas Diatkine, celui d’Alfred Brendel à Salzbourg en 1984.

J’ai trouvé la version de Diatkine plus fidèle à l’esprit de l’œuvre originale de Wagner, sans doute aussi de la partition de Liszt. J’y ai reconnu un cheminement peut-être plus familier, l’écueil de cette transcription étant de vouloir parfois en faire des tonnes, ce qui gâche un peu l’aspect émotionnel de la tragédie originelle.

Bref, j’ai beaucoup apprécié l’interprétation de Diatkine, sa gestion des silences, des contrastes dynamiques, des pianissimi, et surtout cet élan continu qui nous emporte toujours un peu plus loin, sans aucun sentiment de discontinuité.

L’album prend fin avec la Ballade n°2 de Franz Liszt.

Je trouve que c’est peut-être l’interprétation la plus réussie de cet album (même si j’hésite finalement à établir une hiérarchie entre la mort d’Yseult et cette ballade n°2).

En outre, j’ai apprécié l’art de reproduire cette dualité des passages de l’ombre à la lumière.

Est-ce que le live enlève de la précision dans l’articulation du mouvement chromatique à la main gauche ? Sans doute. L’articulation générale, ainsi que la palette de couleurs, en souffrent un peu quand on compare cet enregistrement à la merveilleuse version de 2011 de Nelson Freire pour le label Decca.

Pour relativiser, il y a des enregistrements studio où l’articulation à la main gauche m’apparaît bien moins exécutée (Valentina Lisitsa pour le même label Decca par exemple).

Diatkine va au delà de ces considérations esthétiques pour instaurer un véritable climat dans cette œuvre, avec ses moments de pure inquiétude et ceux d’une clarté éminemment lyrique.

J’ai encore plus aimé le rythme, le doigté, le juste poids apporté à chaque note. C’est cette dimension du pianissimo qui apporte l’adhésion et ce grand frisson, car c’est fait de façon si naturelle (même dans le grandioso), sans être jamais surjoué. Du grand art, Monsieur Diatkine !

  • Titre : Jean-Nicolas Diatkine LIVE 2021 & 2023.
  • Artiste : Jean-Nicolas Diatkine (piano).
  • Format: PCM 24 bit, 96 kHz.
  • Ingénieurs du son: Arpeggio Films, Etienne Collard.
  • Editeur/Label: Solo Musica.
  • Année: 2024
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

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