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La Lucrezia

Le contre-ténor italien Carlo Vistoli nous emmène au pays de l’éloquence, faisant preuve d’une aisance et d’une musicalité peu communes.

Le chant de Vistoli est en effet d’une homogénéité remarquable sur l’ensemble de sa tessiture : des graves définis et des aigus d’une grande clarté, le naturel se mettant au service de l’éloquence.

Ce sont en effet cette précision remarquable ainsi que cette technique parfaitement maîtrisée qui permettent de dépeindre avec tant de justesse une grande palette de sentiments, de l’amour profane jusqu’à la noirceur du dépit amoureux et du désespoir.

Le programme de ce disque regroupe cinq cantates profanes, dont trois sont signées Haendel, composées pour la majorité durant son séjour en Italie.

Carlo Vistoli commence d’ailleurs par le morceau de bravoure, « La Lucrezia », presque un opéra version chambriste à elle seule.

Il y a beaucoup de justesse d’interprétation chez le contre-ténor italien qui réussit à faire passer chaque émotion de manière ostensiblement naturelle, sans exagération ou maniérisme.

On ressent tour à tour la tristesse de la femme violée, puis la colère et le désespoir qui la mènera au suicide.

Les deux autres cantates de Haendel n’ont jamais été enregistrées auparavant (constituant donc ici une première mondiale) et sont aussi moins pesantes : « Ninfe e pastori » annonce la couleur avec une ambiance bucolique dans le plus pur style italien de l’époque, et peut-être un meilleur équilibre entre chanteur et orchestre. Le concours de l’ensemble Le Stagioni contribue à l’épanouissement du chant, sans pour autant égaler l’instrumentation d’un William Christie et ses Arts Florissants (qui reste peut-être la référence absolue en la matière).

La dernière cantate de Haendel « Deh, lasciate e vita e volo » se veut plus lassive ou méditative, mais amène par ailleurs de chatoyants arias, et une forme de suave sensualité, presque vénéneuse…

La cantate « O se fosse il mio cor in libertà » fait partie d’un cycle de douze cantates dédiées par Porpora au prince-électeur de Hanovre et publiées en 1735. Elle vient s’inscrire assez logiquement après la dernière composition haendelienne. 

J’ai beaucoup apprécié la beauté des passages dédiés au violoncelle ainsi que les acrobaties vocales du dernier mouvement.

Cet album s’achève sur une cantate de Vivaldi «Pianti, sospiri e domandar mercede » qui fait partie d’un ensemble de huit cantates pour alto écrites vers 1730 et qui se démarque des compositions précédentes par son niveau de difficulté technique, voire par la qualité de pyrotechnicien vocal qu’elle requiert !

Carlo Vistoli démontre une dernière fois, si cela était par ailleurs nécessaire, une aisance singulière dans ce registre, développant des ornementations très sophistiquées et très pures à la fois.

Il y a une connivence évidente entre l’ensemble de musiciens et le chanteur, qui permet à cette interprétation de dépasser le stade de l’exercice de style pour livrer un festival d’émotions et d’intentions musicales. C’est bien cela qui fait la différence entre une prestation moyenne et une excellente performance. Objectif pleinement rempli pour La Lucrezia !

  • Titre: La Lucrezia.
  • Artistes : Carlo Vistoli (contre-ténor), Paolo Zanzu (clavecin), Marco Frezzato (violoncelle), Simone Vallerotonda (théorbe).
  • Format: PCM 16 bit, 44,1 kHz.
  • Ingénieur du son: Giuseppe Maletto.
  • Editeur/Label: La Musica.
  • Année: 2022
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): format CD uniquement.

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