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Mozart – Quatuor Tchalik

C’est avec entrain que le Quatuor Tchalik débute cet album avec La Chasse KV 458 (n° 17). Suivent le Quatuor n°20 en ré majeur « Hoffmeister » pour cordes KV 499 et le Quatuor n°22 en si bémol majeur « Prussien ».

La Chasse est le quatrième des six quatuors dédiés à Haydn. C’est un quatuor très détendu et relaxant. Il reste pour autant particulièrement emblématique du travail de Mozart à cette époque.

La famille Tchalik revient ainsi à la source, source de jouvence sans aucun doute, puisque ces œuvres ouvrent perpétuellement de nouvelles approches pour les interprètes.

La direction empruntée par le quatuor franco-russe est indéniablement celle de la légèreté et de la décomplexion. 

On ne retrouve pas pour autant cette sonorité évocatrice des cors de chasse comme on peut si bien l’entendre dans la version enregistrée pour DG par le Quatuor Amadeus en 1984.

Les Tchalik introduisent une dose d’ornement et de dynamique qui dépoussière complètement l’œuvre, la rend plus universelle peut-être, plus proche de Mozart et plus éloignée d’Haydn.

Que faut-il en penser alors? Personnellement je n’ai rien contre, surtout lorsque cette originalité vient renforcer la complicité, la connivence entre frères et sœurs.

On retrouve finalement ces cors de chasse de façon plus subtile, moins systématique, et cela redonne du peps au KV 458.

L’interprétation de l’adagio est ici pleine de finesse, de délicatesse. La musique respire, prend une toute autre dimension en termes de micro-dynamique. Il y a moins d’épanchements, davantage de tension.

J’ai vraiment apprécié ce troisième mouvement.

Cette vivacité, on la retrouve en toute logique dans l’Allegro assai final, mais dans un format de plus de 6 minutes, bien plus long qu’à l’habitué.

On n’a d’ailleurs pas l’impression que le tempo soit plus lent, au contraire. La musique est plus expressive, plus articulée. Les Tchalik ne cessent d’accélérer puis de ralentir. Les quatre archets se télescopent, rebondissent, cherchent une forme d’équilibre tridimensionnel dans ce dernier mouvement ébouriffant.

Le Quatuor « Hoffmeister » KV 499 doit son surnom au compositeur allemand Franz Anton Hoffmeister, intime de Mozart.

Ce quatuor donne à entendre un ré majeur impérieux dans lequel l’alto occupe un rôle central, avec son timbre charnu, tant pour énoncer des thèmes que dans les contrechants expressifs.

Cette œuvre figurait au programme de la finale du concours Mozart en 2018, remporté par le quatuor Tchalik.

Les quatre musiciens insufflent une énergie assez inédite dans l’Allegretto. On retrouve ces échanges entre instrumentistes qui rendent la musique moins monocorde.

La prise de son doit d’ailleurs contribuer à renforcer cette impression de dynamique.

J’ai trouvé cette version très lumineuse, sans doute un peu moins mélancolique que d’autres versions de référence.

Il y a indéniablement un effort considérable porté sur l’intensité du jeu et l’articulation.

Les Tchalik semblent avoir mûrement médité ces trois quatuors, ce qui fait de leur interprétation une sorte de nouvelle perspective : c’est à la fois possible chez Mozart mais requiert certainement beaucoup de travail.

Le Menuetto Allegretto est presque un peu trop accentué à mon goût , les intentions étant très appuyées. Et en même temps, les Tchaliks impriment une pulsation qui invite à la danse, nous impliquant davantage.

L’adagio nous offre une superbe polyphonie instrumentale, très différente de ce qu’on a l’habitude d’entendre, chaque instrument jouant sa propre partition, presque de façon concertante. Ce n’est pas à ce proprement parler une interprétation à l’unisson mais une vraie petite symphonie.

Cela confère en tout cas un attrait tout different à ce passage, très beau à vrai dire…

Le finale Allegro prend des allures de course-poursuite et une premier thème répétitif se développant de façon très dynamique, voire effrénée : sans doute le petit grain de folie mozartien qui joue pleinement son rôle ici.

Le Quatuor N°22 K589 en Si bémol majeur paraît être un prolongement naturel du précédent. Les quatre instruments se relaient sans cesse pour embellir chaque phrase musicale dans un modèle quasi concertant.

Le violoncelle acquiert un rôle plus important que dans les deux premiers quatuors. Le commanditaire (Frédéric Guillaume II) de ce quatuor «Prussien» était d’ailleurs un violoncelliste.

Il y a beaucoup d’engagement chez les Tchalik, même dans le Menuetto où les coups d’archet sont plus marqués, le violoncelle sans doute aussi moins timide que dans bon nombre d’autres enregistrements de cette œuvre. Le contraste est ainsi plus évident entre les différents pupitres, autorisant aussi une plus grande spontanéité et une meilleure transparence.

L’Allegro assai final est tout aussi énergique, et achève de nous convaincre.

L’engagement sans faille, la qualité des ornements, la respiration, et la vivacité qu’apporte le quatuor franco-russe à ces trois œuvres permettent un certain renouveau, une sorte de fraîcheur qui permet de les rendre encore plus modernes ou intemporelles.

Un Grand Frisson assurément !

  • Titre : Mozart – Quatuor Tchalik.
  • Artistes : Gabriel Tchalik (violon), Louise Tchalik (violon), Sarah Tchalik (alto), Marc Tchalik (violoncelle).
  • Format: PCM 24 bit, 88,2 kHz.
  • Ingénieur du son: nc.
  • Editeur/Label: Alkonost Classic.
  • Année: 2024.
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.
Mozart – Quatuor Tchalik 2