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Paganini 24 Capricci Op.1 Sergey Malov

Le violoniste russe Sergey Malov nous offre ici une prestation de grande classe, d’une virtuosité et d’une aisance peu communes.

Il ne manque rien, le zeste de folie d’un violon électrique Yamaha à 5 cordes, la générosité des timbres de son Ferdinando Gagliano, la prise de risque, la qualité de la prise de son !

Le Russe se joue de tous les pièges, de toutes les difficultés. Le tempo et la dextérité affichée dans le caprice numéro 5 mettent les pendules à l’heure : l’interprète maîtrise son sujet à un point tel que jamais le jeu de l’archet ne paraît vraiment entrer dans la zone de danger. Tout ici n’est que fluidité, nervosité et beauté.

Dans le numéro 9, les timbres que Malov arrive à extraire de son instrument sont à se pâmer.

Quelle finesse et quelle palette tonale ! On se remet tout juste de cette béatitude tonale pour être à nouveau happé par la virtuosité viscérale du caprice n° 10. 

Le langoureux n°11 nous fait chavirer. C’est assez rare finalement au disque de s’extasier devant tant de virtuosité, en se demandant où se situent vraiment les limites de l’interprète. C’est quand même, il faut l’avouer, moins rare au concert. Mais c’est de toute évidence le cas ici, avec un violoniste dont les qualités techniques lui permettent de prendre quelques libertés vis-à-vis de l’œuvre sans jamais pour autant nous faire penser qu’on s’en éloigne réellement.

Dans le caprice n°16 en sol mineur, Malov amène une modernité et une fraîcheur qui contrastent avec le côté lisse d’une Julia Fischer ou d’un Itzhak Perlman, et même d’un Leonidas Kavakos dont j’aime pourtant beaucoup l’enregistrement paru chez Dynamic.

Il faut aller piocher chez les très grands interprètes de Paganini, à l’instar d’Ivry Gitlis ou de Yehudi Menuhin, pour se situer dans des niveaux d’interprétation comparables.

L’enregistrement moderne de Sergey Malov amène par ailleurs cette puissance et cette définition d’un violon baroque tellement ensorcelant !

Il y a une tension naturelle dans le jeu du Russe qui redonne du peps à ces caprices opus 1, quelque chose qui fait qu’on ne s’ennuie jamais et que les contrastes ressortent avec plus d’évidence.

Malov n’hésite pas à recourir à quelques facéties comme l’air traditionnel celtique venant se greffer à la fin du caprice numéro 20, quitte à prendre le risque d’un dérapage de mauvais goût. Mais cela est tellement bien amené, la sonorité de son violon imitant celle d’une cornemuse, et l’analogie avec le thème initial tellement évidente, qu’on ne peut que saluer la facilité déconcertante avec laquelle il place ces quelques notes d’humour.

L’interlude positionné juste avant le caprice 24 « Paganini collage » contraste forcément par ses sonorités électroniques et contemporaines. Je n’ai à vrai dire pas su quoi en penser même si je reconnais que l’introduction qu’il constitue vis-à-vis du numéro 24 est habile.

Le dernier et plus célèbre caprice de Paganini ressemble à un feu d’artifice, un exercice de pure virtuosité. Malov prend énormément de liberté dans cette conclusion, peut-être pour signifier que la musique de Paganini est universelle, et que la folie du Génois doit continuer à perdurer à travers les siècles.

C’est assurément un très gros coup de cœur, et une interprétation qui accède au panthéon des Caprices de Paganini en ce qui me concerne. J’en frissonne encore…

  • Titre: Paganini 24 Capricci Op.1 Sergey Malov.
  • Artiste : Sergey Malov (violon).
  • Format: PCM 24 bit, 96 kHz
  • Ingénieur du son: Michael Buk.
  • Editeur/Label: Solo Musica
  • Année: 2021
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.
Paganini 24 Capricci Op.1 Sergey Malov 2

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