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Quintettes Suisses

La vie musicale sur les bords du lac Léman fut sans doute plus intense qu’il n’y parait et cet enregistrement paru chez le label Gallo met à l’honneur trois compositeurs autochtones : Gustave Doret, Frank Martin et Fritz Bach.

Ces œuvres sont interprétées par le quintette à cordes Melos Ensemble de Vienne ainsi que par le pianiste milanais Adalberto Maria Riva.

Le Quintette pour cordes et piano de Gustave Doret est né à la demande de son grand ami, le pianiste Ignacy Paderewski. C’est une rêverie élégante, intégrant à certains moments des passages plus sombres mais toujours évocateurs d’une nature majestueuse, impressionnante ou impressionniste, un peu à la manière d’un film d’Alfred Hitchcock.

Le Finale, Allegro con fuoco du quatrième mouvement, hésite sans cesse entre une vindicte populaire pleine d’entrain et une forme mélodique plus sophistiquée et plus tragique.

Suit la « Pavane couleur du temps » du compositeur Frank Martin, apparemment inspiré par la musique française de Maurice Ravel.

Cette composition est un club d’œil au conte de Charles Perrault, Peau d’âne, dans lequel une princesse demande à son père de lui offrir une robe « couleur du temps ».

C’est sans doute la composition la plus suave de cet album, presque adaptée pour agrémenter une œuvre cinématographique sans paroles. Ou bien un interlude permettant de souffler avant le Poème pour piano, deux violons, alto et violoncelle de Fritz Bach.

En ce qui me concerne, c’est le morceau de bravoure de cet enregistrement.

On retrouve ici des références à l’impressionnisme, à Maurice Ravel encore.

Les 5 mouvements représentent différentes époques d’une vie. Le premier, dédié à la jeunesse, est plein d’entrain et de naïveté. On se sentirait presque dans l’ouverture d’une comptine pour enfants.

Le quintette Melos adopte une posture particulièrement joyeuse et l’euphorie me semble particulièrement contagieuse.

Le second mouvement « Amour » est totalement différent et nous entraîne dans un romantisme quasi schubertien, avec sans doute un peu moins de légèreté. L’amour n’est pas toujours uniquement source de bonheur et cela se perçoit clairement ici.

Le bonheur arrive néanmoins avec le troisième mouvement, dans une ambiance néanmoins plus solennelle, moins intimiste que celle du précédent.

On pense immédiatement à une cérémonie nuptiale, à un air ternaire rappelant une valse.

Changement d’atmosphère au quatrième mouvement : une grande noirceur s’installe progressivement, avec des passages plus intenses évoquant une forme de souffrance aiguë. On visualise sans peine un cortège funèbre : que s’est-il passé ? Pourquoi est-ce advenu si tôt ? Des questions qui resteront sans réponses.

Le final est le plus long mouvement de cette oeuvre. Il amène une certaine tension pour laisser entrevoir par la suite des rappels des thèmes du quatrième mouvement, et avant d’introduire la mélodie du « Psaume 130 » du Psautier Huguenot. On plonge ainsi dans un grand mysticisme, témoignage d’une foi ardente.

Pas simple d’entrée dans cette musique faite d’oppositions et de changements de rythmes.

Il faut reconnaître cette opiniatreté dans le jeu et, tout simplement, ce mérite à l’Ensemble Melos de Vienne ainsi qu’au pianiste Adalberto Maria Riva. Les interprètes ont évidemment su s’approprier ce répertoire particulier. Qui aurait pensé que les paysages suisses pouvaient être aussi contrastés ?

Un bon disque agrémenté d’une très belle prise de son !

  • Titre: Quintettes Suisses.
  • Artistes : Melos Ensemble de Vienne (quintette à cordes), Adalberto Maria Riva (piano).
  • Format: 24 bit / 96 kHz.
  • Ingénieur du son: Andreas Schwerer.
  • Editeur/Label: VDE Gallo.
  • Année: 2022
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

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