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Sonates françaises : Fauré – Saint-Saëns – Franck.

Il y a des moments où un morceau de sparadrap vient régulièrement se coller à vos doigts, on croit s’en débarrasser et il vous revient sournoisement.

La Sonate pour piano et violon de César Franck colle depuis quelques mois à mes oreilles. Mais difficile de ne pas faire figurer cette œuvre au palmarès des plus belles sonates françaises !

L’idée ici du duo Saskia Lethiec / Jérôme Granjon de rassembler celles de trois membres émérites de la Société Nationale de Musique est séduisante. La première sonate du jeune Fauré donne le ton de ce projet artistique : celle d’un enthousiasme manifeste, et d’une sonorité d’époque captée dans un lieu chargé d’histoire, celui de la salle Erard.

Cette œuvre incroyablement dense est servie par deux artistes particulièrement enthousiastes. Enthousiasme d’ailleurs très communicatif, mais qui matérialise aussi un lien fort entre ces trois sonates, en dépit des caractères assez différents des trois compositeurs.

La sonorité vintage du Guersan « Vieux Paris » ainsi que celle du piano Erard de 1875 renforcent cette impression de réalisme ou de proximité à cette époque de la troisième République où les compositeurs français s’imposaient face à leurs illustres confrères allemands. Et puis ces montées en tension ainsi qu’un équilibre quasi parfait entre piano et violon contribuent à cette sensation d’abandon, d’enivrement savamment dosé. Il y a de la maturité dans cette interprétation, une approche moins académique, pour ne pas dire scolaire, que le duo Blechacz – Kim enregistré pour DG en 2019. Le dernier mouvement est bien joué « allegro, quasi Presto » et non pas « Presto » comme c’est le cas sur l’enregistrement DG.

La première sonate en ré mineur opus 75 de Camille Saint-Saëns est toute aussi virevoltante. On y entrevoit une sorte de continuité avec celle de Fauré comme on peut y voir aussi une belle introduction au « sparadrap ».

L’engagement des interprètes est total et cette sonate décoiffe assurément par son élan lyrique. Le revers de la médaille est sans doute une moins grande lisibilité mélodique, surtout si on évite toute complaisance en prenant comme point de mire la version Heifetz Smith chez RCA.

Mais il ne faut pas perdre de vue que c’est l’équilibre entre les deux instruments, quitte à ce que la prise de son soit un peu brouillonne (les deux musiciens semblent être captés de plus loin, avec un peu plus de réverbération et d’informations d’ambiance), qui fait l’intérêt de cette version, et non pas la mise en avant d’un violoniste star comme c’est le cas d’ Heifetz. En l’occurrence, Lethiec et Granjon se relancent constamment et ça vous tient sacrément en haleine !

La Sonate en la majeur du compositeur Belge, aîné des deux autres, souffre sans doute du nombre de prestations entendues récemment. La concurrence est rude et il est plus difficile pour moi d’émettre une opinion tranchée. Il n’empêche que l’intérêt de cette interprétation réside à mes oreilles dans la respiration et le rythme. Ces aspects revêtent ici une importance certaine car ils confèrent à la sonate de Franck cette continuité avec les deux précédentes : c’est français, cher Monsieur, ici on n’est pas chez Schumann ni chez Mendelssohn…

Dernier point d’intérêt : la qualité de timbre de Saskia Lethiec particulièrement addictive ! Si l’Erard de Granjon pâtit parfois d’un excès de réverbération, le violon sonne magnifiquement.

Un bon disque assurément.

  • Titre: Sonates françaises : Fauré – Saint-Saëns – Franck.
  • Artistes: Saskia Lethiec (violon), Jérôme Granjon (piano).
  • Format: PCM 16 bit, 44,1 kHz
  • Ingénieurs du son: Etienne Collard.
  • Editeur/Label: Cascavelle.
  • Année: 2021
  • Genre: Musique classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): format CD uniquement.