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Editorial Avril 2024

Mon meilleur disque de test n’est pas un disque de test.

Pouvoir s’assurer d’avoir les bons repères, de disposer des pistes et des enregistrements suffisamment discriminants pour mieux cerner les limites d’un matériel de reproduction sonore, de mettre en place une méthode pour tester l’un après l’autre les différents paramètres sonores et parties du spectre audio : c’est ce que chaque audiophile a tenté de faire au moins une fois dans sa vie, avec plus ou moins de succès.

On peut pourtant se demander si ce protocole de test prend bien la mesure de la performance du matériel en question. En ce qui me concerne, j’ai toujours eu énormément de mal à tirer des conclusions de cette forme de dissection de la performance d’un matériel audio. Même en lisant les notes différenciées de mes estimés confrères de la presse écrite, j’ai du mal à en tirer une information utile.

En d’autres termes, faire un peu plus ou un peu moins de grave n’a jamais fait un bon appareil, au même titre que le fait que le registre médium soit plus ou moins opulent n’est pas plus un indicateur de la qualité sonore. Le biais réside en fait dans la tentative de faire dire à ses oreilles ce dont les mesures techniques devraient se charger.

Oui, mais alors, quand il n’y a pas de mesures disponibles, comment doit-on faire ? Je répondrais qu’on peut faire sans, tout simplement, voire renvoyer à celles communiquées par le fabricant. L’appréciation globale reste selon moi l’élément clé de tout jugement qualitatif que je porte envers un matériel de reproduction sonore.

Aussi, pour en revenir à la question du disque ou du morceau de test, plus il contient d’information et plus il me paraît pertinent. Il ne faut néanmoins pas confondre grande quantité d’information et rendu spectaculaire. En général, les disques spectaculaires restent imperturbablement spectaculaires sur n’importe quelle chaîne hi-fi pas trop déficiente. Evitez également l’excès de naturel : les disques où on vous fait écouter une voix féminine chantant a capella en vous expliquant quel niveau subtil de réverbération, de qualité de timbre, et d’analyse de la respiration de la chanteuse, il convient de distinguer sur votre système personnel, sont un leurre. Rien n’est moins normalisé qu’un enregistrement d’une voix humaine…

Le disque de test idéal devrait conjuguer une scène sonore complexe (à savoir intégrant un nombre important de pupitres et de musiciens), peu de travail de post production, des instruments acoustiques et une bonne prise de son. Autant dire qu’il y a pléthore de ce genre d’enregistrements disponibles à l’achat ou au téléchargement, et donc que ce n’est pas une gageure que de trouver un bon média pour tester sa chaîne ou un nouveau maillon venant s’y insérer.

Personnellement, j’utilise assez souvent cet enregistrement paru chez Naïve du Triple Concerto de Beethoven, interprété par le Frankfurt Radio Symphony dirigé par Paavo Järvi. La prise de son est superbe, les timbres des solistes sont particulièrement bien restitués, et la qualité de l’interprétation est admirable.

Je ne l’utilise pas non plus systématiquement pour la bonne et simple raison que j’ai le choix entre bien d’autres bons enregistrements dans ma discothèque, et aussi pour briser la monotonie. En effet, il n’y a rien de plus stérile que de tomber dans un rapport purement analytique vis-à-vis d’une œuvre musicale.

Il faut bien avoir conscience que la voie que j’évoque ici est celle de l’écoute et que celle-ci fait appel à nos sens. Et la seule échelle de valeur pertinente de nos sens est celle du plaisir, forcément incompatible avec une approche purement analytique. En l’occurrence, cet enregistrement de Paavo Järvi, ainsi que le Triple Concerto de Beethoven lui-mêmes, sont une source de plaisir incommensurable.

Jetez donc vos disques de test à la poubelle, faites de même avec vos playlists trop écoutées et réécoutées, et donnez une chance à ces beaux enregistrements que vous auriez peut-être injustement délaissés.

Joël Chevassus

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