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Editorial Juillet 2021

Vérité mathématique ou vérité subjective ?

C’est sans doute la seule vraie question à se poser.
Où se situe donc la vérité ?
Je vous avoue que lorsque les deux se rejoignent, je me sens plus à l’aise pour rédiger des conclusions à propos des mérites d’un appareil, aussi prestigieux soit-il.

Il y a néanmoins des choses qui se mesurent et d’autres qui ne se mesurent pas d’un strict point de vue scientifique, soit parce qu’elles ne sont pas mesurables, ou bien parce que l’instrument de mesure n’est pas suffisamment précis.
Mais si le problème de la démarche scientifique se limitait à ça, on pourrait franchement s’estimer heureux.

Malheureusement, il y a une autre grosse épine dans le procédé d’évaluation scientifique d’un équipement qui s’appelle le référentiel.
Compte tenu de la diversité des appareils de reproduction audio, c’est quasi illusoire d’avoir une seule convention, valable et incontestable, que ce soit dans le domaine analogique comme celui numérique.

Et c’est bien là que le bas blesse, l’absence de méthodologie qui puisse refléter sans ambiguïté ou incertitude le comportement d’un équipement dans des conditions d’écoute standard.
Alors sans doute cela pointe une difficulté supplémentaire, celle de l’absence de conditions d’écoute standard, mais cela pourrait éventuellement être défini de façon arbitraire sans pour autant qu’on y trouve une correspondance avec son propre environnement acoustique…

Je pourrais bien évidemment prendre en exemple les limites des meilleurs analyseurs audio numériques, et des problèmes rencontrés vis-à-vis de certains convertisseurs N/A générant suffisamment d’énergie au delà de la bande passante sur laquelle ils travaillent.
Mais le but de cet éditorial est de rester accessible au plus grand nombre et l’exemple de la mesure de réponse en fréquences d’une enceinte acoustique me semble plus simple à illustrer, puisqu’il fait appel à moins de connaissances techniques.

On reconnaît certains principes de base afin de mesurer une enceinte : généralement, on positionne le micro à un mètre de la première enceinte dans l’alignement de l’enceinte horizontalement et entre le tweeter et le medium verticalement (au milieu ou légèrement au dessus). Il faut procéder à la mesure dans un environnement acoustique le plus neutre possible, assez loin des parois du local et, idéalement, en chambre sourde. On refait après la même opération sur la seconde au même emplacement et on procède à une moyenne des deux courbes.

Ce schéma prévaut néanmoins pour une bibliothèque ou une colonne de dimensions modestes, avec un positionnement vertical de ses hauts parleurs conventionnel, à savoir le tweeter en haut, le médium au milieu et le grave en bas.
Que se passe-t-il alors dans le cas d’une enceinte à la géométrie différente, ou de plus grande taille ?

Si on veut pouvoir présenter un résultat plausible ou intelligible, il va falloir procéder à une série de mesures multipoints et les pondérer par la suite.

Si vous ne faites pas cela, vous risquez de donner uniquement une information relative au haut-parleurs de médium aigu, à supposer qu’ils ne soient pas non plus trop éloignés les uns des autres.

Dès lors que vous accepter ce compromis, vous comprendrez qu’une mesure est à un certain point artificielle et qu’elle ne constitue que le résultat d’une pondération subjective. Puis vient l’option de lissage qu’on applique à la courbe de réponse en fréquences pour la rendre plus présentable. Et ensuite rentre en compte l’environnement acoustique car peu de mesures sont réellement faites en chambre sourde…

La géométrie de l’enceinte peut vite poser problème lorsqu’on mesure des panneaux en dipôle, des enceintes multi-pavillons, ou plus simplement des enceintes avec des haut-parleurs latéraux ou positionnés à l’arrière de l’enceinte. On se rend compte bien souvent que l’enceinte est conçue pour réagir avec son environnement réverbérant et pour être écoutée à plus d’un mètre de distance. C’est alors que la mesure devient un peu plus un art et un peu moins une démarche totalement objective.

Faut-il alors jeter les mesures aux orties ?
Certainement pas. Car la mesure a le mérite de refléter un résultat issu d’un protocole précis dans un environnement particulier. Que cette indication ne soit pas forcément compatible avec les conditions d’usage de cet objet, c’est évidemment fort probable.

Mais elle donne, dès lors que les pondérations ne sont pas trop nombreuses et que sa conception n’est pas trop incompatible avec un protocole relativement conventionnel, une idée de son comportement dans l’absolu, sans doute bien meilleure que ce qu’on aurait pu détecter à l’oreille en écoutant un enregistrement de musique bien moins équilibré d’un point de vue spectral que du bruit rose ou du bruit blanc…

Évaluer un appareil audio est donc une matière plutôt complexe, surtout lorsqu’on veut réconcilier mesures, impressions d’écoutes, incidence des autres maillons de la chaîne audio et de son environnement acoustique. Pour revenir à une démarche scientifique, on peut bien évidemment se perdre en détails pour expliquer ce qu’on a mesuré, comment et dans quelles conditions, et exprimer les plus grandes réserves sur les conclusions qu’on peut en tirer. Mais au final quelle information utile peut-on délivrer si ce n’est de corroborer des impressions d’écoutes avec le résultat de certaines mesures prudemment choisies et commentées ?

Je pense en ce qui me concerne que cette matière doit être abordée avec une certaine humilité, et qu’il est prudent de n’avancer des mesures chiffrées que si elles amènent un éclairage pouvant prétendre à une certaine universalité, ou, a minima, recouper des impressions d’écoute recueillies sur une longue période.

Joël Chevassus

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