Editorial Octobre 2020 2

Editorial Octobre 2020

La fuite en avant des systèmes dématérialisés.

Il est loin le temps où on utilisait son ordinateur personnel comme lecteur dématérialisé, tout en s’exerçant à neutraliser les tâches d’arrière-plan qui surchargeaient le microprocesseur et généraient du bruit parasite. C’était l’époque où le choix de la solution logicielle de lecture des fichiers numériques était primordiale.

Puis est venu le temps où les petites interfaces en tous genres furent destinées à améliorer la pauvreté du hardware et de la sortie USB des ordinateurs, en retraitant, synchronisant et filtrant le signal numérique en sortie.
Finalement, quelques électroniciens se sont posés la question du bien fondé de séparer le gestionnaire de fichiers audio et le lecteur de ces mêmes fichiers. Cela a contribué au renouveau d’un constructeur de platines vinyles écossais qui s’est lancé dans l’aventure des lecteurs réseau, non sans un certain succès, il faut bien le reconnaître.

La conséquence, et malgré que le standard Universel Plug and Play (UPnP) soit une réelle avancée, est que la lecture dématérialisée haute fidélité est devenue une aaire de spécialiste, dicilement accessible aux néophytes. Entendez par néophytes ceux qui ne se sont jamais intéressés aux subtilités de paramétrage d’un réseau domestique, en dehors des quelques conseils prodigués par leur fournisseur d’accès, et nécessaires à l’installation de leur box internet.

Pourtant, la grande majorité des personnes écoutant de la musique souhaitent généralement n’avoir
à presser qu’un seul bouton et laisser l’appareil s’occuper du reste. Quelques initiatives passées avaient pointé sur une relative simplicité, à l’instar de Logitech et sa squeezebox, mais même ces appareils particulièrement astucieux et intuitifs ont été sacrifiés sur l’autel de la simplicité.

Car c’est le maître mot, ce qu’attend le consommateur : la simplicité. C’est la raison essentielle pour laquelle bon nombre d’audiophiles sont restés ou revenus aux bonnes vieilles platines, CD et vinyle, alors que la dématérialisation est supposée apporter à la hifi, ce fameux “choc de simplification” et, éventuellement, si affinité, de performance…

La tendance actuelle penche désormais vers la conception d’ordinateurs totalement dédiés à la lecture de la musique, sorte de serveurs audio bodybuildés faisant concurrence aux ordinateurs de jeux en réseau les plus avancés. On y trouve ainsi des processeurs très haut de gamme, des composants audiophiles, des mémoires tampon extrêmement généreuses, voire démesurées, des alimentations très silencieuses et sophistiquées, pour une étiquette qui ne l’est généralement pas moins. Le français Audionec avait ouvert la voie il y a déjà une décennie avec ce type de machines sans compromis, sans doute la panacée en matière de lecture audio.

Monter soi-même son lecteur audio, ou le faire monter par un assembleur qualifié, peut être séduisant, à condition que l’ergonomie suive.

A ce titre, Roon a beaucoup contribué à faire en sorte que l’agrément d’utilisation d’une telle solution puisse rivaliser avec n’importe quelle application de serveur audiophile, à l’instar de ce qu’Aurender avait su proposer à ses premiers clients. Reste le coût d’une telle solution à comparer avec le coût d’un NAS performant et d’un lecteur réseau de bonne qualité.

Aujourd’hui, les leaders du marché des stockages connectés ont des appareils diablement bien conçus et abordables, proposant des processeurs performants, des mémoires cache étendues, et un silence de fonctionnement maîtrisé.

On peut donc passer un temps certain à peser le pour et le contre, alors que les appareils ultimes continuent à fleurir dans notre petite sphère audiophile, de plus en plus marginalisée en comparaison des solutions grand public que sont les tout-en-un et enceintes connectées.

On peut tout aussi valablement se poser la question de l’intérêt de miser sur un serveur de musique hors de prix pour ne s’en servir finalement qu’en streaming via les services en ligne des Qobuz, Tidal, Deezer et autres. Car c’est bien celle-ci la tendance lourde : celle de ne plus de tout posséder ou acquérir la musique, éludant ainsi les problématiques de serveur, de stockage, et les complications qui y sont liées…

Pendant ce temps, on perd de vue l’essentiel : les enceintes, l’acoustique et la mise en œuvre d’une chaine analogique, puisqu’il est dicilement concevable encore aujourd’hui de passer au tout numérique. Ces super-ordinateurs dédiés à la lecture de la musique dématérialisée ne devraient pas nous le faire oublier !

Joël Chevassus

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