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Audiomat Maestro IV

La quatrième génération de Maestro est sortie depuis quelques temps. Comme à l’accoutumée, Denis Clarisse reste une personne discrète, concentrée sur l’ouvrage et moins encline à diffuser des nouvelles de ses travaux à grande échelle.

Néanmoins, Audiomat est bien installé dans le paysage français des lecteurs réseaux avec convertisseur N/A intégré, et ses réalisations ont leur cercle d’afficionados. À l’instar des productions des frères Dubreuil d’Atoll, les évolutions se font dans la durée, avec des lignes de produits qui offrent une vraie pérennité. L’obsolescence programmée ne fait donc pas vraiment partie de la stratégie de ces petites entreprises françaises où les évolutions se font patiemment, validées par de longues sessions d’écoute.

Cela ne veut pas dire pour autant que les développements obtenus pour la réalisation d’un nouvel appareil soient mineurs, mais l’architecture globale reste en revanche une base de travail clairement établie, et la précédente génération d’appareils est sans conteste un mètre étalon permettant de mesurer spécifiquement les progrès réalisés. Ainsi, le Maestro IV reste logé dans son traditionnel boîtier en aluminium brossé, sobre et élégant, et son alimentation est toujours abritée dans un boîtier externe relié par une connexion Speakon huit points. Le châssis principal repose toujours sur les 3 pieds coniques permettant un découplage optimal du coffret et des circuits.

On retrouve également le même afficheur au centre de la façade avant de 10 mm d’épaisseur, avec son écran tactile à 17 fonctions et 14 couleurs différentes. Les mêmes fonctions cachées sont disponibles en touchant les douze zones définies sur l’afficheur, permettant d’accéder aux fonctions « avancées » de l’appareil. On peut ainsi activer ou désactiver l’alimentation des entrées USB et Ethernet, ou bien encore configurer les filtres numériques et le mode de lecture DSD (natif ou DoP).

À l’intérieur du boîtier principal, on retrouve la même architecture modulaire embarquant une carte numérique, une carte analogique, une carte horloge supportant la carte réseau de chez Engineered ainsi qu’une carte microcontrôleur / afficheur. Il y a bien néanmoins quelques changements, puisque l’agencement des circuits a été modifié en profondeur. A l’exception de celle de l’afficheur, les autres cartes ont été entièrement «repensées» avec un changement complet de leur schéma respectif et de leurs composants. Le circuit de la section analogique est ainsi plus simple, plus court. Il permet d’implanter des composants de meilleure qualité.

L’étage de sortie analogique, configuré en mode totalement symétrique, ne comprend pas moins de 14 transistors bipolaires. Denis Clarisse a choisi d’abandonner la puce AKM4495 au profit du modèle AK4493SEQ, fonctionnant en 32 bits / 384 kHz. Ce haut de gamme AKM, doté de la technologie VELVETSOUND™, intègre un filtre à condensateur commuté « OSR Doubler », le rendant capable de prendre en charge des signaux à large plage et d’obtenir un faible bruit hors bande tout en réalisant une faible consommation d’énergie. Cette nouvelle puce affiche un excellent rapport signal sur bruit de 125 dB en mode grande amplitude.

Denis Clarisse a également amélioré les horloges, ainsi que la distribution des alimentations. Les régulateurs de tension ont été remplacés par trois nouveaux régulateurs à plus faible bruit de 0,8 μVRMS. Ainsi, le circuit de commutation logique de type ALVC a été changé avec une fréquence de transmission passant de 40 MHz à 500 MHz. Les quartz des horloges ont également évolué pour atteindre une valeur de 0,04ps RMS de Jitter.

La valeur des capacités d’alimentation a été plus que doublée par rapport au précédent modèle. Le schéma du muting a été également repensé. Par rapport au Maestro 3, la valeur des capacités d’alimentation est plus que doublée sur ce nouveau Maestro 4.

La façade arrière héberge de nombreuses entrées numériques destinées à exploiter pleinement tous les formats numériques : deux entrées numériques S/PDIF Toslink, une entrée numérique coaxiale S/PDIF, une entrée numérique symétrique XLR AES/EBU, une entrée USB 2.0 High Speed compatible PCM  32 bits /  384 kHz –  DSD  2.8 MHz / 5.6  MHz natif, une entrée Ethernet Plug and Play UPnPTM AV 2.0  / DLNA Bit-perfect data transmission PCM  &  DSD.

Enfin, une sortie numérique coaxiale complète l’éventail des connectiques présentes en face arrière pour la partie numérique. Côté analogique, Audiomat a doublé ses sorties Ligne : la paire de fiches RCA de très haute qualité directement boulonnée sur le châssis et isolée de celui-ci est complétée par une paire de fiches XLR venant s’insérer logiquement sur l’étage de sortie totalement symétrique. Le  boitier d’alimentation de 2 x 100 VA est séparé pour pallier aux problèmes de rayonnement et de vibrations.

L’ensemble des circuits a été optimisé pour réduire le jitter à des niveaux infiniment faibles. Les étages de sortie en classe A à fort courant ont été traités sans contre-réaction. A chaque transformateur sa fonction spécifique : l’un est affecté à la section analogique et l’autre à la section numérique. Cette alimentation est reliée au convertisseur par un cordon totalement blindé réalisé sur mesure. Le courant est ainsi véhiculé afin qu’aucune perturbation ne vienne altérer les signaux numériques et analogiques, et de ce fait, ne vienne impacter la performance globale de l’appareil.

Le constructeur propose toujours une version Référence de son Maestro standard. Celle-ci adopte (entre autres) une alimentation plus conséquente, embarquant deux transformateurs faible induction de 350 volts ampères chacun, ainsi qu’un meilleur traitement des vibrations dans le boitier principal grâce à l’implantation d’une plaque de laiton.

Impressions d’écoute :

J’ai testé le Maestro 4 sur mon système principal, en le confrontant à deux challengers que sont l’Esoteric N-05 XD et le Lumin P1. Mon modèle de prêt était équipé de la carte de lecture réseau proposée en option par Audiomat, ce qui fait que les trois appareils étaient globalement comparables, à la seule exception du contrôleur de volume dont sont équipés les lecteurs Lumin et Esoteric, mais dont l’Audiomat est dépourvu. Afin de ne pas perturber les comparatifs avec ce paramètre du contrôleur de volume, j’ai systématiquement utilisé celui de SPEC Corporation, le H-VC5, qui permet de régler directement le gain de l’étage de puissance de l’amplificateur RPA-W3 EX sans atténuer le signal audio avant la transmission à l’étage de puissance de l’amplificateur.

J’ai donc réglé les Lumin P1 et Esoteric N-05 XD sur leur sortie fixe. J’ai également utilisé la couche serveur BubbleUPnP pour utiliser l’application Lumin permettant de piloter les trois appareils en mode UPnP. J’ai noté quelques soucis de stabilité en utilisant l’application Lumin avec le Maestro 4. Certaines fois, l’appli se fige et il faut la relancer pour pouvoir ré-accéder à la playlist mémorisée dans l’appareil. Rien de bien grave, mais cela dénote d’un manque de stabilité du système tel que je l’ai utilisé. Je n’ai en revanche pas expérimenté ce type de bug avec Roon, mais cette dernière application ne reconnaît que le port Apple Airport de l’appareil, donc un peu limitée en termes de résolution de fichiers.

En effet, il semble qu’Engineered n’ait toujours pas complété son processus de certification Roon pour cette carte réseau. Mais concentrons-nous sur les aspects sonores pour le moment.

L’écoute du dernier mouvement du troisième concerto pour piano de Rachmaninov par Byron Janis et le LSO conduit par Antal Dorati, enregistré chez Mercury, m’est apparue très définie, assez claire, avec une jolie sensation d’espace ainsi qu’une belle aération. La scène sonore m’a semblé progresser sensiblement par rapport à la précédente version du Maestro.

Les timbres sont bien mis en valeur, les violons sont très plaisants, la flûte est également très nette et le piano de Byron Janis m’a semblé aérien, peut-être un peu moins présent dans le grave que ce que j’ai l’habitude d’écouter, mais ce n’est pas vraiment gênant.

Si je devais retenir deux qualificatifs pour cette écoute avec le Maestro 4, le bloc de puissance SPEC RPA-W3 EX et les enceintes Vivid Audio G1 Spirit, cela serait « élégant et précis». Encore une fois, la scène sonore est bluffante de réalisme. Le filé des aigus, tant du piano que des cordes est vraiment impressionnant. En même temps, le Maestro 4 ne semble pas imposer de traits de personnalité marqués, si ce n’est un caractère enjoué qui laisse s’exprimer pleinement la dynamique du soliste et de l’orchestre.

Il y a une forme d’équilibre indéniable dans la présentation du dernier DAC de Denis Clarisse. En sollicitant, non plus le mode UpnP, mais la liaison Apple Airport permettant d’utiliser Roon, on perd légèrement en lisibilité et définition. La dynamique globale m’a semblé également un peu émoussée en comparaison de la précédente écoute. Le résultat est néanmoins plaisant et de bon niveau, mais je garde une nette préférence pour le mode UPnP. Les attaques de notes, les transitoires, sont beaucoup plus nettes qu’avec Roon. En passant sur mon lecteur réseau Esoteric N-05XD, la restitution est un peu plus sage, un peu moins fougueuse que celle du Maestro 4. Les timbres sont plus mats et les aigus moins présents.

L’image sonore m’apparaît également plus profonde avec le lecteur japonais. Je dirais que le DAC du N-05XD laisse passer quand même un peu plus de micro-détails. En rajoutant l’horloge externe Cybershaft, l’orchestre acquiert une densité tonale bien supérieure à celle du Maestro 4, sans que le niveau de clarté semble pour autant supérieur à celui du Maestro. L’Audiomat est sans doute plus proche de l’idée qu’on se fait d’une bonne source numérique, alors que le couple Esoteric / Cybershaft renvoie davantage à la sensation d’une écoute d’un support analogique, moins analytique et pourtant tout aussi détaillée. C’est vraiment cette distinction entre monde numérique et analogique qui sépare les deux lecteurs.

En même temps, sur des enregistrements plus complexes, à l’instar de La Symphonie Bleue de Guillaume Saint-James parue chez indésens en 2020, la luminosité du Maestro 4 est séduisante. Les timbres sont très diversifiés et il y a un entrain naturel qui tend à faire oublier la technique pour se plonger totalement dans la musique. Le couple Esoteric / Cybershaft amène beaucoup de matière (sans doute ce qu’on obtiendrait avec la version Référence du Maestro 4), et tout paraît plus intégré au sein d’une scène sonore légèrement plus profonde. C’est comme si l’Audiomat détourait un peu chaque instrument pour en faire une entité à part, alors que l’Esoteric tend à unifier l’orchestre, pour constituer une entité continue sans aucune rupture discernable dans l’image stéréo.

C’est aussi le cas du Lumin P1 qui affiche de la même manière cette cohésion d’ensemble. C’est peut-être le plus droit des trois lecteurs comparés ici, et aussi dans une certaine mesure le moins lumineux, comme quoi le nom d’un appareil n’est pas toujours évocateur de sa signature sonore…

La présentation du lecteur made in Hong-Kong est plus dynamique et moins douce que celle de l’Audiomat Maestro 4. Les timbres sont aussi moins chatoyants. Mais l’image stéréo me semble en revanche plus rigoureuse. On peut alors se poser la question de ce qui fait la valeur ajoutée du Maestro 4 ?

À ce titre, j’ai essayé d’utiliser le Lumin P1 comme simple streamer en sortant via son port USB pour utiliser l’entrée USB du Maestro 4. Mon intuition s’est avérée payante puisque l’écoute de la Symphonie Bleue a cumulé les points positifs des deux précédentes écoutes. C’est donc bien la partie convertisseur qui représente le point fort du Maestro 4. L’option de la carte Engineered est bien évidemment un plus et permet d’avoir déjà un lecteur de très haut niveau. Néanmoins, il y a encore moyen de repousser les limites de l’appareil sur son entrée USB. Si on considère par ailleurs le fait qu’un simple drive Lumin embarque le contrôle de volume Leedh Processing, c’est ainsi le moyen d’opter aussi bien pour une amélioration de la lecture dématérialisée que pour le remplacement du préamplificateur analogique.

L’écoute d’enregistrements en DSD natif fonctionne bien sur cette entrée USB du Maestro 4. La scène sonore du final de la 7ème symphonie de Beethoven, Allegro con brio (Jan Willem de Vriend / Orchestre Symphonique des Pays Bas), est tout à fait majestueuse, restant en arrière des enceintes mais avec une profondeur de champ abyssale. Les timbres ressortent avec beaucoup de diversité, ce qui n’est pas forcément toujours évident sur ce type de musique très musculaire.

Du coup, j’ai voulu écouter ce que pouvait donner un enregistrement plus ancien comme le concerto pour violon de Sibelius par Heifetz (mastering Living Stereo). J’ai été tout bonnement impressionné. La clarté naturelle du DAC de Denis Clarisse permet d’obtenir une restitution très détaillée et chatoyante. Les contrebasses, les vents sont très définis. Les tonalités des instruments sont particulièrement riches, et le timbre du violon du Maestro Jascha Heifetz est juste sublime. L’émotion à l’écoute de cette version de référence est entière.

En ce qui concerne les voix, et en changeant totalement de registre, le Maestro 4 a parfaitement su retranscrire l’émotion de la voix rocailleuse de la chanteuse gitane « La Susi ». Souvent, à l’écoute de cet album de Javier Limon « Mujeres de Agua », on a l’impression d’une voix quasi surnaturelle et le Maestro 4 lui confère en revanche une belle part d’humanité. Même constat en ce qui concerne les voix des chanteuses de flamenco Carmen Linares et Concha Buika : les paroles sont parfaitement intelligibles, gorgées d’émotion, et l’accompagnement à la guitare de Javier Limon est dynamique et cristallin.

Le Chant de la Terre de Mahler en version chambriste, interprété par l’Orchestre Victor Hugo, sous la baguette de Jean-François Verdier, sonne admirablement bien avec le couple Lumin / Maestro. Il y a une sensation de présence extraordinaire sur cet enregistrement que je redécouvre grâce au Maestro 4.

Tout semble cette fois-ci parfaitement analogique : doux et naturel. La réverbération des voix est d’une netteté confondante, à un point tel qu’on se sent transporté sur le lieu de la prise de son. C’est clairement une des toutes meilleures écoutes que j’ai pu faire de ce disque paru chez Klarthe à ce jour. J’ai pu enfin essayer brièvement l’entrée coaxiale SPDIF, afin de vérifier la qualité générale de cette entrée par rapport à celle USB, et je n’ai pas détecté de différence notable autre que celle éventuellement attribuable à la signature des câbles utilisés…

Conclusion :

J’ai réellement apprécié cette dernière évolution du Maestro d’Audiomat. On retrouve en fait les qualités de la précédente génération avec des performances subjectives encore meilleures. Le Maestro 4 est un appareil qui s’avère particulièrement addictif, et cela en toutes circonstances. Cela permet de s’ôter de la tête toute interrogation métaphysique à propos des performances techniques de l’appareil, et de se recentrer complètement sur l’écoute de la musique. Mais, comme j’aime bien disséquer les appareils qui me sont confiés, j’aurais tendance à recommander d’associer cet excellent DAC à la meilleure source numérique possible, et tout du moins un streamer Lumin ou un serveur Grimm Audio, ce pour profiter de son plein potentiel. Cela dépendra bien évidemment de votre budget, mais le Maestro 4 le vaut bien !

Un Grand Frisson 2023 pour ce dernier DAC testé cette année.

Audiomat Maestro IV 2

Prix (TTC) :

Audiomat Maestro 4 : 8.800 € / Audiomat Maestro 4 avec option streamer : 10.900 €

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