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Chopin – Nocturnes

Le pianiste Yves Henri est resté attaché au même Pleyel de 1837, à la sonorité si particulière, et sur lequel ils nous avait déjà séduit avec les « Valses » en 2023.

Il réitère l’expérience ici avec une intégrale des Nocturnes, et du fameux « Lento con gran espressionne ».

Avec Yves Henry, tout est question de couleurs et d’ambiance, comme si l’imperfection du son de ce vénérable piano était l’expression même d’une faculté de rendre tout plus réel et plus intime.

Le second Nocturne en mi bémol majeur (Opus 9) est joué au delà de toute quête d’excellence technique, mais davantage issu de la recherche d’une émotion à l’état brut. On entend chaque frappe de marteau, chaque résonance parasite d’une table d’harmonie qui a subit les outrages du temps, mais aussi chaque petit bruit parasite qui contribue pourtant à mettre en exergue ce surcroît d’authenticité.

Chacun des Nocturnes semble d’ailleurs être joué d’une manière singulière, de telle sorte qu’on ne voit pas dans cette intégrale de continuité particulièrement marquée (à part cette sonorité si particulière et une fragilité mise à nue), comme si les changements d’ambiance en étaient le but ultime.

C’est en tout cas ce qui m’a séduit, ces nuances de rythme, de phrasé, ces tonalités changeantes et ces extinctions de notes imparfaites ou dissonantes.

Difficile d’ailleurs d’évaluer, dans un contexte purement audiophile, l’intérêt d’un tel double album, sauf à mettre en perspective une forme de perfection imparfaite, celle d’une authenticité disparue, brute et sincère, libre de tout artefact de post production.

Mais c’est du point de vue musical, celui du ressenti, qu’on se passionnera pour cet enregistrement qui rend la nuit si noire, et si désirable. Car c’est en effet ce travail remarquable en termes d’harmonisation, de tonalités, et de tempo qui rend cette interprétation si captivante et si émouvante.

L’écoute du septième (opus 27) est en ce sens totalement troublante. On a presque envie d’applaudir comme si on assistait en direct à ce récital. Comment ne pas aimer ces deux nocturnes de l’opus 27, tant ils regorgent de sensibilité et de délicatesse dans l’exécution ?

Yves Henry se fait équilibriste, entre impressionnisme et nostalgie, à l’instar des deux opus 37, où le temps semble s’allonger inexorablement pour mieux cristalliser cette ambiance.

C’est dans l’opus 48 (Nocturnes 13 et 14) qu’il modèle cette pâte sonore incroyablement mystérieuse pour jouer avec un phrasé totalement changeant, entre délicatesse et notes beaucoup plus appuyées. C’est un peu l’essence même de cette œuvre qu’on se surprend à redécouvrir, comme si ce surcroît d’intimité nous offrait un nouvel éclairage. C’est pourtant ce chant, qu’on a si souvent entendu avec délectation, qui se révèle cette fois-ci plus cru, plus direct et peut-être tout simplement plus vrai…

Ce sont ces dernières impressions qui me semblent le mieux synthétiser l’essence de cette intégrale. Un pari risqué, mais pleinement cohérent, de la part d’un pianiste qui se révèle définitivement comme un des plus beaux serviteurs de la musique de Frédéric Chopin.

Magnifique !

  • Titre : Chopin – Nocturnes.
  • Artiste : Yves Henry.
  • Format: PCM 164-bit, 44,1 kHz.
  • Ingénieur du son: Joël Perrot.
  • Editeur/Label: Soupir Editions.
  • Année: 2026.
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Format CD uniquement.
Chopin - Nocturnes 2

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