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Gypsy Journey

Voilà un bel enregistrement qui vous amène directement au concert. Quoi de plus normal après tout puisqu’il s’agit d’une réalisation France Musique, captée dans le cadre du Festival Radio France Occitanie au Corum de Montpellier.

C’est un détail qui compte puisque les informations d’ambiance, la réverbération naturelle permettent de recréer une belle scène sonore tridimensionnelle.

Mais cette belle prise de son ne nous laisse pas figés en Occitanie, mais nous fait voyager au cœur de l’Europe du début du vingtième siècle, jusqu’à sa frontière orientale, notamment la Roumanie et la Moldavie.

La violoniste russe Tatiana Samouil et le pianiste français David Lively nous offrent ainsi un bien beau duo sur des airs tziganes.

Le programme démarre avec Georges Enesco et deux de ses compositions, l’Impromptu concertant en sol bémol et la Sonate n°3 en la mineur « dans le caractère populaire roumain ».

La troisième sonate nous fait basculer dans cet univers tzigane, sans doute plus complexe que ce que nous laissent souvent à penser les clichés et le vibrato généreux des spécialistes du genre. 

En effet, la sonate d’Enesco renvoie à la Doina, un chant méditatif traditionnel roumain à la ligne mélodique souple et ornée.

Les deux interprètes ont l’occasion de démontrer ici leur virtuosité mais aussi leur complicité, se relançant l’un l’autre continuellement. Une sonate qui doit être particulièrement éprouvante à jouer avec ce niveau d’engagement… Superbe !

Puis Weinberg nous invite à passer la frontière à l’Est avec sa Rhapsodie sur un thème moldave.

Là aussi, cet air traditionnel juif moldave paraît presque contemporain, et sonne comme un manifeste contre l’antisémitisme, question malheureusement toujours d’actualité. 

Il démarre de façon très sombre, et le violon de Tatiana Samouil vient apporter la juste dose de lumière, sans forcer sur le vibrato.

C’est d’ailleurs à nouveau une démonstration de la virtuosité de Tatiana Samouil qui imprime ce rythme frénétique qui ne cesse de prendre de la vitesse, pour retomber dans une atmosphère plus intimiste, plus inquiétante parfois également, et puis reprendre de plus belle. Je cède bien volontiers aux charmes de cette rhapsodie particulièrement complexe. Difficile de s’ennuyer avec Weinberg.

Bêla Bartok était peut-être l’incontournable de cette programmation. C’est d’ailleurs lui qui a inspiré Ravel pour sa rhapsodie Tzigane.

Ses six danses populaires roumaines représentent un programme court et un hommage à la musique de Transylvanie.

Même si le niveau de sophistication semble moindre par rapport au reste de la programmation, on s’émerveille de la beauté de ces chants traditionnels ciselés par la plume de Bartok.

Ravel offre un final on ne peut plus conforme au thème de ce disque, et une continuité dans l’exigence sans cesse croissante que requiert le répertoire d’un point de vue technique. Quoi de plus normal finalement avec Maurice Ravel ?

On en ressort ébouriffés, enivrés par la virtuosité des deux interprètes qui se livrent entièrement dans un récital tzigane de haut vol et d’une grande subtilité. 

J’en frissonne encore, alors oui, Grand Frisson amplement mérité !

  • Titre: Gypsy Journey
  • Artistes : Tatiana Samouil (violon), David Lively (piano).
  • Format: PCM 24 bit, 48 kHz
  • Ingénieurs du son: Jean-Benoît Têtu, Delphine Baudet.
  • Editeur/Label: IndéSENS !
  • Année: 2021
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.
Gypsy Journey 2

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