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Philip Glass – Etudes pour piano : intégrale

Pas simple que de se lancer dans ce genre de projet. Les études de Glass ont été jouées la première fois en 2007 par le compositeur lui-même. A suivi en 2014 une version enregistrée, et puis toute une série d’intégrales (après tout, Glass lui-même avait confié que ses études pouvaient être jouées par n’importe qui) : celles de Maki Namekawa, la protégée de Glass, mais au rendu finalement assez austère même si le piano est beau et la sonorité très consensuelle, celle de Nicolas Horvath en 2015, celle de Bojan Gorisek, ennuyeuse à mourrir, et celle du Néerlandais Jeroen van Veen en 2017, spécialiste du genre il est vrai, mais manquant singulièrement de relief…

Il n’y a que le Russe Anton Batagov qui s’est jusqu’à présent démarqué dans une version enregistrée à la demande de Glass pour ses 80 ans, la version chatoyante par excellence qu’attendaient tous les inconditionnels de Philip Glass, ainsi que le surprenant Vikingur Olafsson qui ne délivre pas une intégrale mais un florilège de morceaux choisis d’une grâce absolue.

Risqué donc d’interpréter aujourd’hui ces compositions provenant de sources et de commandes diverses et qui ne sauraient être considérées comme un ensemble homogène. Et de passer après deux performances qui viennent effacer un certain nombre de précédents essais qu’on pourrait presque qualifier d’infructueux !

Le piano de François Mardirossian n’est de toute évidence pas aussi beau que celui des deux derniers protagonistes, mais c’est presque logique puisqu’il s’agit du fameux Stephen Paulello Opus 102. Il faut vraiment du courage pour s’embarquer dans cette aventure avec un tel instrument à la sonorité si particulière et si difficile à dompter !

Ainsi, la magie de l’étude n° 9 reste quasiment inaccessible à Mardirossian tant la beauté des timbres et l’articulation du pianiste islandais confinent à la poésie.

Mais le Français tire son épingle du jeu avec un tempo plus rapide, dynamique, notamment sur l’étude n° 5 qui accroche pour moi davantage les silences, et restitue une forme répétitive plus obsédante.

En effet, chez Mardirossian, semble primer cette volonté de restituer cette musique immersive et obsédante. 

Et pourtant, dans l’étude n° 6, le pianiste français se montre beaucoup plus lyrique, romantique, qu’un Olafsson paraissant finalement plus mécanique. Les accords plaqués sur le clavier immense de l’Opus 102 sonnent comme de vrais coups de tonnerre sur une mer irisée. Peut-être une allusion inconsciente ou intentionnelle à ce concert orageux à Fourvières de juillet 2007…

La puissance évocatrice de Vikingur Olafsson est redoutable sur la 20ème et dernière étude. La captation rapprochée du piano renforce d’ailleurs singulièrement ce sentiment de plénitude. L’Opus 102, plus lointain, ne permet sans doute pas ce niveau de subtilité de toucher qu’on perçoit sur l’enregistrement du pianiste islandais.

Néanmoins cette beauté plastique du phrasé d’Olafsson est peut-être moins évocatrice en même temps de la désolation inhérente à cette dernière étude. Sur ce terrain, le jeu de Mardirossian est plus franc, manquant néanmoins d’un peu d’élan, comme si cette dernière composition le dépassait. L’interprétation d’Anton Batagov est quant à elle empreinte d’une incroyable sérénité, ainsi que d’une touche de mélancolie, peut-être celle qui me touche personnellement le plus.

Au final, tout le monde peut jouer ces pièces pour piano mais personnes ne les jouera jamais complètement pareil. Glass fait appel au ressenti, à la sensibilité propre de chaque interprète, ce qui nous emmènera sur des rivages parfois bien différents au gré de ce minimalisme répétitif. Reste à définir le cap que vous souhaitez emprunter…

Une belle initiative signée Ad Vitam Records, quelle que soit la direction du vent !

  • Titre: Philip Glass – Etudes pour piano : intégrale.
  • Artistes : François Mardirossian.
  • Format: PCM 24 bit, 88,2 kHz.
  • Ingénieur du son: Jean-Yves Labat de Rossi.
  • Editeur/Label: Ad Vitam Records.
  • Année: 2022
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

1 réflexion au sujet de « Philip Glass – Etudes pour piano : intégrale »

  1. Bonjour et merci pour cette découverte !
    Parmi les autres interprétations relativement récentes, outre celle de Vikingur Olafsson que j’apprécie particulièrement, on peut aussi citer celles de Bruce Brubaker, Valentina Lisitsa, Jenny Lin.
    Si vous les connaissez, je suis curieux de savoir quelle est votre perception.
    Bonne continuation !

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