AM

SOLA

Après un premier disque solo intitulé « Flash-back » paru chez Ad Vitam records en 2024, la contrebassiste Laurène Helstroffer Durantel sort un deuxième album consacré à la contrebasse solo. Dans un programme varié, allant de Hans Fryba, Giovanni Battista Vitali, à Daniel delaney, en passant Heinrich Biber, la soliste se livre à un exercice que nous avons plus l’habitude d’entendre exécuté à la viole de gambe qu’à la contrebasse.

L’ancienne contrebasse solo de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse s’attarde principalement sur le répertoire baroque, transcrit pour son instrument, mais n’hésite pas non plus à aborder deux créations contemporaines, une personnelle, et l’autre du violoncelliste américain Daniel Delaney (transcrite pour la contrebasse directement par l’interprète à cette occasion).

C’est le compositeur et contrebassiste autrichien Hans Fryba qui ouvre le bal, avec la « Suite im alten Stil » : une œuvre écrite pour la contrebasse seule, ce qui permet à l’interprète d’aller chercher au delà du confort de la lecture, une sensibilité toute personnelle, spécialement dans le second mouvement Allemande, avec un très joli vibrato.

La Chiacona était en revanche originellement écrite pour le violon, extraite des « Partite sopra diverse sonate per il violone » de Giovanni Battista Vitali. La transcription est signée Lorenzo Girodo. Ce qui ressort de l’interprétation de Laurène Helstroffer Durantel, c’est une agilité et une vivacité qu’on n’aurait pas imaginées, plus proches en fait de celle d’une viole de gambe que d’une contrebasse.

C’est l’interprète elle-même qui s’est chargée de la transcription du Love’s Farewell de Tobias Hume, conçu à l’origine pour basse de viole. Là encore, l’émotion reste présente grâce à une expressivité sans faille, et des belles harmoniques et extinctions de notes. C’est presque un nouveau visage de l’instrument qui nous est dévoilé ici.

« Netra » (qui signifie « Rien » en breton) à été composé par Laurène Helstroffer Durantel . Cette improvisation sur une note nous dirige vers un cheminement méditatif, aux accents parfois exotiques.

Le Ricercar n° 7 pour violoncelle de Domenico Gabrielli a également été transcrit pour contrebasse par l’interprète, est sans doute une des pièces les plus complexes de cette sélection, pleine de fantaisie et de variété contrapuntique. J’ai en tout cas personnellement beaucoup apprécié cette adaptation ainsi que l’articulation et la rythmique de cette interprétation.

Difficile de passer à côté d’Heinrich Franz von Biber et ses Sonates du Rosaire lorsqu’on se livre à cet exercice de récital baroque à un instrument. Laurène Helstroffer Durantel joue ici sa propre transcription d’une Passacaille en sol mineur. C’est peut-être là où se révèle toute la qualité et la finesse du travail de transcription car cette passacaille conserve tous ses attraits, et notamment son entrain et sa virtuosité. On ressent aussi un certain lâcher-prise dans le jeu de la contrebassiste, ce qui apporte une agilité naturelle, capable d’accélérer soudainement sans pour autant perdre le côté dansant de la composition. C’est particulièrement bien réalisé.

C’est une pièce contemporaine du violoncelliste Daniel Delaney que Laurène Helstroffer Durantel choisit pour clore cette programmation. C’est un choix surprenant, bien que certaines références baroques soient totalement explicites dans ces trois volets très contrastés que sont « Prelude », « Country Dance », et « Lullaby ».

La Berceuse finale est entièrement composée de pizzicati, illustrant le côté discret, élégant, léger de l’instrument. Un façon plutôt subtile de saluer et prendre congé de son auditoire…

Un bon disque, et une courageuse initiative, celle de ne jamais céder à la facilité, ni au démonstratif.

  • Titre : SOLA.
  • Artiste : Laurène Helstroffer Durantel (contrebasse).
  • Format: PCM 24-bit, 88,2 kHz.
  • Ingénieur du son: Jean-Yves Labat de Rossi.
  • Editeur/Label: Ad Vitam Records.
  • Année: 2026.
  • Genre: Classique.
  • Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

Laisser un commentaire

5 × 5 =